Pauvre en nutriments, la partie orientale de la Méditerranée est peu poissonneuse. La surpêche ayant aggravé ce postulat de base. Conscientes de ces lacunes, mais soucieuses d’attirer l’intérêt des plongeurs, les autorités chypriotes misent sur les épaves et les récifs artificiels.

“À Chypre, on n’a pas de poissons, mais on a des épaves !” Tel pourrait être le slogan de cette île dont les côtes font face au Liban. Depuis de nombreuses années en effet, les acteurs du tourisme chypriote ont compris l’intérêt de la plongée : “Un secteur qui génère en Europe un revenu de 1,4 milliard d’euros, pour quelque 3,5 millions de plongeurs, dont 75 % choisissent la Méditerranée comme destination plongée, explique Andreas Louroutziatis, maire de Larnaca. La plongée donne de l’oxygène à notre économie et nous voulons développer ce secteur.”
En intervenant lors du séminaire “Zenobia week, Dinos Lefkaritis, directeur de l’office de tourisme de Larnaca, a rappelé que le naufrage du ferry suédois Zenobia en 1980 avait été “un triste jour, mais que celui-ci s’était finalement révélé une bénédiction : 57000 plongées par an et un revenu global annuel estimé à 25 millions d’euros.” Des chiffres qu’envient les localités voisines.
Pour le développement d’une “économie bleue “, reconnue par l’Europe comme une stratégie à long terme (2020), les acteurs chypriotes ont œuvré pour créer des zones protégées et immerger quatre bateaux, dépollués selon les normes de la convention de Barcelone.
Ont ainsi été coulés, le Nemesis III (20 décembre 2013), Lady Thetis et Costandis (22 février 2014) et le Laboe, le 22 juin dernier sur des fonds de sable accessibles aux Niveaux 1, dans des zones protégées, à l’Ouest et à l’Est de l’île, de manière à satisfaire toutes les grosses localités balnéaires.
Le coût d’achat des 4 bateaux s’est élevé à 60000 € alors que la dépollution, les travaux de sécurisation et les immersions ont coûté 300000 €. Une somme cofinancée par l’Europe, le département des pêches européennes et le gouvernement. “Nous sommes clairement en compétition avec Malte, conclut George Payiatas, en charge des récifs artificiels au département des pêches et de la recherche marine. Nos eaux sont claires, car peu de plancton, chaudes (16 à 27°C) et la saison de plongée est longue. Nous avons d’autres projets d’immersion et nous avons pour ambition de devenir les n°1 de la zone !”

Propos recueillis par M. Carret. Crédits photos : N. Barraqué (Turtle Prod)

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