La coupe est pleine. Concurrence déloyale, situation intenable et ubuesque, tel est le constat de 17 représentants de centres professionnels de plongée réunis le 31 mars à Plouhinec (56) dans les locaux du centre “Au bord de la Terre“. On pouvait penser que les coups de gueule poussés par certaines structures étaient l’apanage du Sud et des rives de la Méditerranée où les habitants ont le sang chaud. Rien n’est moins sûr et c’est une colère sourde qui gronde également dans le Grand Ouest.

jerome-ollivry“Le but de cette réunion était de réfléchir ensemble et trouver des solutions efficaces pour faire face à des problématiques économiques et des conditions d’exploitation perturbées par une concurrence déloyale, voire illégale”, rapporte Jérôme Ollivry, directeur du centre “Au bord de la Terre” et porte-parole improvisé de ce groupement de centres professionnels de plongée. En ligne de mire les clubs associatifs, mais surtout ce qui est jugé comme une incohérence totale entre le fonctionnement des structures associatives et des centres professionnels. “Il n’est pas question de s’opposer au tissu associatif, ce n’est pas le but. Certaines structures font du bon travail, avec des prix en phase avec le marché, mais il n’en demeure pas moins que la concurrence est pour le moins inégale, mettant en péril nos entreprises, s’emporte Jérôme Ollivry. Comment assurer plusieurs rotations par jour avec seulement 2-3 brevets d’État si ce n’est à l’aide de moniteurs ‘bénévoles’ ? Si on fait pareil, nous sommes hors la loi. Les structures associatives reçoivent des subventions, donc de l’argent public, pour financer l’achat de compresseurs ou de bateaux, elles bénéficient souvent de locaux ou places de port gratuits. Les centres professionnels non. Elles ont droit à 70000 € HT sur des activités annexes, ce qui représente parfois le CA d’une petite entreprise professionnelle. Elles organisent des manifestations de promotion  en plein été, là où la saison est cruciale pour les pros, etc.”

Des distorsions flagrantes

 

“On ne réclame pas d’aides mais juste de pouvoir nous battre à armes égales, avec des règles cohérentes, poursuit Jérôme Ollivry. Mais là, on marche sur la tête ! Ne parlons même pas du nouveau décret hyperbare, totalement inadapté aux petites structures. Ce qui est souvent le cas sur le littoral Manche-Atlantique. Il est plus qu’urgent de ré-harmoniser tout cela, de retrouver de la cohérence pour combler un déséquilibre patent dans le fonctionnement des structures associatives et des centres professionnels. Il faut tout remettre à plat, tant la situation est devenue critique. Un type qui bosse tout seul ou en couple, comme c’est souvent le cas chez nous, est obligé de se mettre hors la loi ou de monter une association parallèle pour subsister. C’est quand même fou, non ? On ne demande qu’une chose, c’est de pouvoir travailler normalement. On ne veut pas grossir les rangs des chômeurs, juste faire vivre nos entreprises. Sans compter qu’elle génèrent de l’économie annexe en hébergement, restauration, loisirs…”

collectif-centres-plongee-grand-ouestOn l’aura compris, la fronde est bien réelle. Mais quelles actions pour la suite, sous quelle forme ? Et pourquoi ne pas se rapprocher des organismes existants ? “Pour l’instant, nous avons créé un collectif de centres professionnels informels, pour mûrir et coordonner les suites à donner. Certains membres sont adhérents au SNEPL (Syndicat national des entreprises de plongée loisir), mais un syndicat a souvent des actions ponctuelles et localisées. Néanmoins, ce choix est laissé libre à chacun, répond Jérôme Ollivry. Notre but est d’interpeller les chambres de métiers, les chambres de commerce et d’industrie, les élus et de les mettre face à ces contradictions pour trouver ensemble des solutions concrètes. Preuve que notre démarche trouve une certaine résonance auprès des centres professionnels, nous sommes passés en 15 jours seulement de 17 à 41 structures provenant de tout le Grand Ouest : Bretagne, Pays de la Loire, Vendée ou Poitou-Charente. Nous envisageons, par exemple, la mise au point d’un questionnaire technique pour collecter données, informations, irrégularités légales, qui sera visé par un juriste indépendant. D’autres actions sont aussi en gestation car il en va tout simplement de la survie de nos TPE.”

 

Texte D. Deflorin. Crédits photos de haut en bas : D. Deflorin, Au bord de la Terre