Après un voyage plongée, alors que je m’apprête à rentrer en emballant mon matériel, il me vient presque toujours la même question : “Reviendrai-je un jour ?” 
Pour être honnête, la réponse est souvent positive. Même si parfois, c’est un “oui” catégorique, d’autres fois un “oui mais”. Dans le cas des Maldives, le “oui” est formel. Je rentre à peine de mon cinquième voyage au pays des 1000 îles et je ne pense qu’à y retourner. Curieusement, il semble que nous soyons toujours plus nombreux à être touchés par cette “Maldivite aiguë”.

Pourquoi les Maldives fascinent-elles autant ? La réponse est simple : elles ont tout ! L’exotisme, un climat agréable (pendant la “mousson sèche”) et des eaux fertiles, accueillant de grands mammifères.

L’opportunité de découvrir un large territoire en plongeant dans les plus beaux récifs de l’archipel, ainsi que l’excellent confort des navires actuels, font de la croisière l’option préférée des voyageurs. Durant l’excursion, j’avais de nouveau pour guides Marc et Marilen, des Espagnols installés depuis 17 ans sur l’archipel. Nous avons navigué à bord de leur dernière acquisition, le Maldives Blue Force One (MV Leo).

Fin de saison

La croisière se déroule à la fin du mois de mai. C’est la dernière de la saison, avant que ne débute la mousson humide et ses tempêtes. “C’est une période de transition climatique mais aussi de la vie marine, annonce Marc. Les courants dominants changent de direction, les  raies mantas et requins baleines migrent vers d’autres espaces où ils resteront pendant la saison des pluies.” Contrairement à d’habitude, ce circuit classique ne sera donc pas centré sur la recherche des mantas et des requins baleines.

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Notre première plongée a lieu dans la passe de Guraidhoo Kandu, à Malé Sud. C’est ici que j’ai réalisé ma première immersion dans les eaux maldiviennes, il y a presque quinze ans. Profitant du courant entrant, nous plongeons aux abords du récif, au Nord de l’atoll. La consigne est claire : il faut atteindre le fond le plus rapidement possible pour éviter d’être emporté par le courant et séparé du reste du groupe. Nous dérivons ensuite à 30 mètres de profondeur, tous ensemble, vers l’entrée du récif. À mesure que nous nous approchons, le courant augmente et les pélagiques deviennent plus nombreux. Les requins à pointes blanches de récif flânent entre les coraux. Dans le bleu, quelques requins gris évoluent sans effort à contre-courant alors qu’un grand thon à dents de chien passe au-dessus d’eux. À une certaine profondeur, le récif s’ouvre et le passage nous conduit rapidement vers une zone plus sommaire, pleine de coraux mous et de petits bancs de poissons. Nous passons une quinzaine de minutes à dériver alors qu’un groupe de dauphins émet de charmants bruits de fond.

La plongée est sur le point de s’achever, nous sommes à quelques mètres de la surface lorsqu’un requin baleine de 4 mètres environ passe juste devant notre palanquée, avant de s’éloigner vers l’extérieur du canal. Une mise en bouche parfaite pour démarrer la semaine.

Des prédateurs et des mangeurs de plancton

Depuis Malé Sud, nous partons en direction de l’atoll de Vaavu, afin de réaliser notre première immersion nocturne, à Alimatha House Reef, considéré comme le plus beau spot des Maldives. La plongée s’effectue depuis l’embarcadère d’un resort, où depuis des années, les pêcheurs viennent nettoyer leurs prises avant de les décharger. L’activité a attiré de nombreux requins nourrices, des requins pointes noires de récif, de grandes raies et des carangues, qui se rassemblent à la tombée du jour dans l’attente de nourriture. Nous plongeons à la base du récif, cernés pendant plus de 50 minutes par une quantité impressionnante de prédateurs.

Nous passons le reste de la semaine sur l’atoll d’Ari, l’un des meilleurs spots du pays pour admirer les mantas et les requins baleines. Dès l’arrivée des premiers plongeurs dans l’archipel, il y a plus de 30 ans, les grands mangeurs de plancton, couplés à de magnifiques récifs, ont contribué à faire de l’endroit l’une des plus belles destinations plongée du monde.

Même si la pêche du “Fehurihi” (nom local du requin baleine) et de la “Emas Madi” (“raie qui mange de petits poissons”, nom divehi de la manta) faisait partie de la culture traditionnelle, le gouvernement maldivien a interdit leur capture au début des années 1990, faisant des Maldives l’un des premiers sanctuaires de protection pour ces espèces. En 2009, les récifs du Sud d’Ari ont été classés “zone protégée” et depuis le début de l’année 2014, le requin baleine et les mantas sont des “espèces protégées” dans tout le pays.

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Notre navire poursuit sa route vers les récifs du Sud-ouest d’Ari, qui abritent de nombreuses passes où les marées permettent de transporter les nutriments de l’intérieur du récif vers l’océan. Les vents prédominants pendant la première partie de l’année garantissent une mer calme à l’extérieur du récif, où le grand requin baleine a l’habitude de s’alimenter. Marc et Marilen nous ont prévenus : nous arrivons à la fin de la saison sèche et il devient de plus en plus difficile de voir ces grands poissons. Toutefois, nous décidons à l’unanimité de passer quelques heures à rechercher ces géants. Leur présence dans la zone attire d’autres bateaux de plongée, ce qui rend leur localisation plus facile. En peu de temps, nous faisons face à l’animal et pouvons nager à ses côtés, même si le fort courant nous empêche de le suivre. Le squale, d’environ 7 mètres de longueur, évolue tranquillement et semble ignorer royalement notre groupe. De temps en temps, il ouvre sa bouche immense pour engloutir le plus de plancton possible.

Une chorégraphie parfaite

Quelques heures plus tard, dans la passe de Digurah, plus au Sud, nous partons en snorkeling afin d’admirer un groupe de mantas en train de se nourrir sur une langue de sable. C’est la seule fois que nous pourrons les observer au cours de nos plongées de jour. Les prévisions de nos guides se réalisent à la lettre : les raies ont déjà entrepris leur migration. Cependant, Marc et Marilen nous ont gardé le meilleur pour la fin : une plongée nocturne avec les mantas. Nous nous dirigeons au Nord de l’atoll d’Ari, à Emadi Maaga. Protégé à l’intérieur du récif, une fois le soleil couché, l’équipage allume des projecteurs pour attirer les bancs de plancton. En un peu plus d’une heure, les premières mantas apparaissent et survolent les zones illuminées pour profiter du festin. Nous nous immergeons à seulement 12 mètres de fond, puis formons un cercle tout en veillant à rester immobiles pour ne pas soulever de sédiments. La lumière de nos lampes pointées vers la surface, nous assistons à un spectacle unique : les raies, en vol rasant, planent au-dessus de nos têtes avec leurs nageoires déployées afin d’engloutir le plancton concentré dans le faisceau de lumière. Avec une envergure qui dépasse les 2,5 mètres, ces élégants poissons réalisent toutes sortes de pirouettes avec une précision impeccable. On a l’impression d’assister à un spectacle répété jusqu’à atteindre la perfection absolue. Seules les notes d’une mélodie classique en bande-son pourraient sublimer davantage la prestation. Une heure et demie plus tard, nous sortons de l’eau épuisés par l’expérience, pour profiter d’une collation et d’un sommeil bien mérités.

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Revenir encore et encore

Pas facile de savoir si la deuxième ou troisième fois est meilleure que la première. C’est ce que je ressens pour les Maldives. Chaque voyage permet de nouvelles découvertes, sans doute en partie grâce au travail de quelques bons guides et de leur équipe. Cette fois-ci, les plongées nocturnes ont fait la différence. Les immersions de jour ont été excellentes et variées : passes, thilas, tombants, bancs de poissons, épaves pleines de vie, etc. Mais les nocturnes ont été “de la pure folie”.

Prendre de la place sur la mer

Depuis ma première visite aux Maldives, je n’étais jamais retourné sur ce “circuit classique”, certainement le plus connu et fréquenté de tout l’archipel, mais aussi l’un des plus variés, avec ses immersions dérivantes dans des passes ou sur des thilas (des monts de corail immergés) et ses stations de nettoyage, où les grandes mantas viennent se débarrasser des parasites. Ces dernières années, les Maldives ont subi d’importantes transformations : le tourisme plongée est devenu l’une des principales sources de revenus et le nombre de bateaux de croisière s’est accru de façon exponentielle, de même que la population, concentrée à Malé et dans les environs. La situation a contraint le gouvernement local à construire des îles artificielles autour de la capitale pour pouvoir développer de nombreux services de base. Parmi ces îles, la plus spectaculaire est sans doute Hulhumalé, une île “dortoir”, construite pour donner de la place à la nouvelle et croissante classe moyenne maldivienne.

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Retrouvez le texte de Jordi Chias (trad. P. Stefanini) et les photos de Jordi Chias dans Plongée Magazine n°66

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