Non, ce n’est pas un poisson d’avril. Richard Thomas, le nouveau DTN (directeur technique national) de la FFESSM (Fédération française d’études et de sports sous-marins), a officiellement été nommé le 1er avril en remplacement de Claude Martin, parti en retraite. Originaire des Vosges, pays de forêts loin de la mer, ce cadre sportif de 50 ans a toujours évolué dans le sport et a successivement occupé des postes à responsabilités en tant que formateur, entraîneur, cadre technique d’une fédération ou directeur adjoint de Creps, en métropole ou outre-mer. Avec à chaque fois des publics et des objectifs bien différents. Trois questions au nouveau DTN de la FFESSM.

  • Comment définiriez-vous votre parcours et votre arrivée à la FFESSM ?

Le fil conducteur de ma carrière a toujours été les sports nature. Issu du monde associatif et du kayak, cela fait partie intégrante de ma culture. Si j’ai occupé une multitude de postes, de professeur d’EPS à la direction d’établissements, c’est à chaque fois pour en explorer les multiples aspects des métiers possibles. Ce qui m’a permis d’en avoir une vision globale et de prendre du recul sur les institutions et la gestion humaine. Mais je dois avouer qu’à chaque fois, au bout de 5-6 ans, j’ai fait le tour de la question. Je n’aime pas ronronner. Ce qui me plaît, c’est découvrir, organiser et développer. Cela ne veut pas dire pour autant que je ne suis pas capable de durer !
J’ai découvert la plongée lors de mon passage à l’UCPA en y menant une réflexion pour définir une culture partagée entre plusieurs activités et y construire un projet pédagogique. J’ai également effectué une quinzaine de plongées lors de voyages mais ne suis pas un plongeur émérite. Traditionnellement, un DTN est issu du sérail, proposé par le président au ministère qui l’accepte ou non, en fonction de ses capacités à mettre en œuvre les orientations de l’État. Dans le cas présent, la FFESSM a recherché des compétences externes en appel à candidature. Avec d’autres, de profils différents et suite à des entretiens, nous avons été proposés à M. Blanchard qui m’a retenu. Mais je tiens à préciser qu’un DTN est nommé par le ministère des Sports et placé auprès de la fédération. À ce titre, je suis payé par le ministère et conserve donc une totale indépendance.

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  • Quels sont vos objectifs prioritaires ?

En premier lieu et parce que c’est simplement lié à une question de calendrier avec des échéances sportives internationales, contribuer à l’évolution des disciplines sportives. À commencer par celles de haut niveau comme la nage avec palmes. Il s’agira de redéfinir des conditions et des règles de fonctionnement, de trouver des transversalités pour qu’elles avancent dans un cadre partagé. Comparé à la FFCK (Fédération française de canoë-kayak) dont je suis issu et qui est une véritable machine de guerre en haut niveau, avec des cadres techniques d’État, ici je dois m’appuyer sur des cadres et des entraîneurs bénévoles, gérer l’affect des responsables de commissions dans un objectif général de réussite. Mes implications vont évidemment au-delà, sur le champ réglementaire ou l’organisation des formations par exemple, en m’appuyant là aussi sur l’expérience des cadres, de ceux qui “savent”, mais je demeure l’interlocuteur incontournable de tous les acteurs de la plongée et des autres disciplines pour lesquelles la fédération a reçu délégation de l’État au regard du ministère.

  • Quel regard portez-vous sur la plongée ?

Il est difficile de comparer les différentes fédérations. Chacune a son histoire, parfois plus que centenaire, parfois née après-guerre, avec des visions, des philosophies ou des évolutions bien distinctes, notamment sur le champ “marchand”. La FFCK a ainsi progressivement mué d’une organisation de sport de loisir à une fédération de compétition, délaissant un peu le loisir. À l’inverse, la FFESSM reste très impliquée dans le champ du loisir et commercial, fédérant autour d’elle près de 90 % des structures commerciales. Bien que parfois taxé de protectionniste, il s’avère que c’est un modèle économique viable qui assure à la FFESSM une certaine autonomie financière à l’heure où les fédérations ne doivent plus être sous perfusion de l’État.
Là aussi, mon rôle est de promouvoir et défendre ce modèle fédéral français qui a pour vocation de rendre autonomes les pratiquants et se distingue en l’espèce du modèle anglo-saxon. Ce n’est d’ailleurs pas spécifique à la plongée. On le critique parfois, sans doute par jalousie. Cela n’empêche pas de prendre ce qu’il y a de bon dans d’autres systèmes. Il m’appartient donc de mener une réflexion, d’identifier les forces et les faiblesses de ce système face aux transformations du marché pour mieux se positionner. Aujourd’hui, toute fédération se doit d’être en constante évolution sous peine de stagnation préjudiciable. L’enjeu pour notre fédération est de trouver les moyens de rester au cœur du développement dans un contexte extrêmement concurrentiel et agressif.

Propos recueillis par D. Deflorin, photo du haut FFESSM, photo du bas D. Deflorin