
Très très long...
Bonjour à tous,
la réflexion du toubib de la médecine sportive que je viens de voir (bonne pour le service, ouf !) me décide à me lancer dans ce récit et à plonger dans de vieux souvenirs.
"Vous aviez plongé il ya plus de 20 ans ? me dit le toubib, ce n'était pas très courant, la plongée à l'époque comme sport, pourtant ?"
... Et encore moins pour une fille, aurait-il pu rajouter ! Nous étions deux "minettes" de 17 ans ce jour-là, assises en haut de cette falaise de granit breton tombant à pic, à dire tout haut "C'est beau, la mer..." et à penser tout bas "qu'est-ce que je suis venue faire dans cette galère !"
Mortes de trouille nous étions, à deux heures de notre première plongée en mer, en ce week-end de Pentecôte, dans un coin magnifique de Bretagne : baie d'Audierne, pointe du Raz, baie des Trépassés, pointe du Vent...
Nous avions pourtant fait six mois d'entrainement assidu en piscine, palmé des kilomètres, "sustentaté" des heures... et respiré sous l'eau dans un détendeur en vidant un masque franchement percé.
En ce jour de Pentecôte, alors que l'échéance approchait, les deux (seules) filles du club, officiellement détentrices de la théorie du BE (interro de signes sous les gradins de la piscine, questionnaire écrit rempli à genoux dans la cabine des vestiaires), se demandaient si vraiment, elles avaient bien fait, l'une de suivre son copain, l'autre (ma pomme) son papa, dans cette galère....
Trop tard ! " Vous n'avez qu'à prendre ces deux blocs là, il doit rester 70 ou 80 bars..." les fonds de blocs, c'était bien suffisant pour les gamines, qui n'allaient pas descendre bien bas, ni bien longtemps ! Eh, club fédéral, pas beaucoup de sous, pas trop de blocs et une vieille camionnette pour les emmener chez le gonfleur à 25 bornes, tu comprends, fifille ? Tu vas pas nous les briser menu avec des exigences, tu veux faire plongeuse ? Alors tu te tais et t'assures, ok ?
Ok... Non seulement ma première plongée en mer m'angoisse un peu, mais je sais que je vais forcément devoir passer sur la réserve... Là, pour les plus jeunes, je dois expliquer : il n'y avait pas de mano sur les bouteilles à l'époque. A un moment donné, ça devenait plus dur de respirer, alors tu comprenais que tu arrivais à 50 bars environ, et qu'il fallait passer sur la réserve, c'est-à-dire tirer sur une espèce de tringle à rideau avec un anneau dans le bas, qui libérait l'arrivée d'air... sauf quand ça restait coincé !
Je suis partie du bord, avec Patrick, moniteur barbu et toubib dans le civil (rassurant !), d'abord pour 200 m de nage capelé, histoire de s'éloigner des vagues. Et puis on se fait face, en sustentation bien sûr (les stabs n'existaient pas, et les bouées Fenzy autour du cou, grande nouveauté, étaient interdites aux N1), et puis, le signe fatidique, pouce vers le bas...
Arrivés en-dessous, dans les 10 m maxi, je me suis retrouvée au coeur d'une jungle inattendue et absolument splendide, une forêt dense de laminaires (de très grandes algues en ruban), on s'est faufilé là-dedans, et puis, on s'est approché de formes sombres... une épave de petit bateau de pêche en bois ! Dans mon émerveillement, j'ai oublié de paniquer à l'idée de "passer la réserve" et quand il a fallu le faire, eh ben, c'est passé tout seul, on a encore flané un petit peu au-dessus de la carcasse du bateau, et puis on est remonté tranquillement... et on a palmé mollement sur le dos en se laissant pousser par les vagues vers le bord.
Ma copine n'a pas eu la même chance, elle n'avait pas bien réussi à passer les oreilles, sa balade avait été écourtée.
Mais moi, j'avais plongé sur une épave !
