de BINETTEREUNION » 22 Aoû 2009, 16:23
Après ma lamentable absence et en attendant que j'ai un peu de temps pour me remettre à écrire, voici un petit truc à vous mettre sous la dent ! C'était un petit "hoemwork" demandé par Escapade et concernant mon N3 en projet (qui se transforme en divemaster je crois !)...
Bises à tous et @ très vite !
La plongée est arrivée dans ma vie comme un grand amour, sans frapper, sans que je m’y attende et au moment où je n’y croyais plus vraiment… Ce moment de la vie où on commence à se réveiller machinalement, à vivre automatiquement plutôt qu’à exister véritablement, à avoir tout réussi mais jamais rien construit.
Quel ne fut donc pas le choc, ou plutôt le cataclysme quand sortie de mon baptême j’ai eu l’impression d’avoir pris ma première bouffée d’oxygène, comme si je n’avais jamais respiré auparavant. Comme le virus de l’amour, la plongée m’a envoûté à jamais : moi la grande passionnée de la vie qui avait essayé bien des choses mais n’avait pas trouvé le grand frisson, j’ai su au fond de moi, comme une certitude innée, que je tenais mon fil d’Ariane, cette vibration dont on entend parfois parler auprès des autres mais dont on ignore si elle existe vraiment, si on aura la chance de la vivre un jour. Et alors que tout n’était que déconstruction, je ne me suis jamais sentie aussi entière et accomplie qu’en commençant à plonger…
Je les admirais ces plongeurs autonomes qui bravaient les océans l’air serein et je voyais cette complicité qui les unissait à leur binôme du moment. Mais tout cela me semblait loin : je ne pensais même pas vivre l’autonomie un jour, ça me semblait impossible, cet envol et cette confiance en soi en mer me faisait peur en même temps qu’elle me fascinait. Je n’étais alors qu’en formation N1. Je m’envisageais difficilement si ce n’est qu’en suivant éternellement un moniteur et en respectant scrupuleusement les règles du jeu, ce que j’avais été habituée à faire toute ma vie peut-être, dans mon environnement parfaitement réglé, où la création n’avait encore que peu de place et où le conformisme était la clé de la réussite.
C’est donc en éternelle bonne élève que j’ai obtenu mon N1 et que j’ai commencé à plonger avec vous. Je vous admirais, vous qui aviez tout plaqué pour monter votre structure. Je me sentais tellement incapable de faire la même chose même à petite échelle en plongée : me jeter dans le vide, affronter l’incertitude, repousser mes limites et pourtant l’envie n’a jamais manqué. Et chaque pas vers l’autonomie me faisait peur : s’équiper seule, vérifier son matériel sans demander aux autres de revérifier derrière, vaincre ma claustrophobie légère, entrer dans des grottes étroites, me gérer sous l’eau.
Mais d’un autre côté cette inexplicable passion, cette envie dévorante d’avancer, de briser ce mur de peurs et d’appréhensions arbitraires pour entrevoir les joies de l’autonomie, des plongées profondes, des matinales. Je sentais bien que je passais à côté de quelque chose, que je devais décrocher ce N2 pour installer définitivement la plongée dans ma vie. Les doutes et les incertitudes me rongeaient, tantôt oui, tantôt non, parfois bonne séance, parfois mauvaise… Moi qui n’avais pas l’habitude de « rater » quelque chose, je ne supportais que très difficilement les compétences difficiles à valider lors de la formation N2. Trop de projections, trop de préjugés m’empêchaient de vivre l’instant présent, de prendre pleinement tout le plaisir que m’apportait cette passion, de le vivre comme une passion. Une fois la formation commencée, mes pires cauchemars étaient de ne pas obtenir ce N2 et ressasser éternellement les mêmes exercices… Mais heureusement, les explorations m’aidaient à relativiser, à me détendre moi qui prenais tout tellement au sérieux, comme si le jeu n’existait pas dans ma vie, comme si tout n’était que travail acharné et réussite obligatoire à la clé.
Et encore une fois, au moment le plus inattendu, le N2 pointa le bout de son nez et avec lui son lot de joie et de soulagement… Mais aussi cette promesse que je me suis faite de relativiser, de lâcher prise, de m’extirper de cette éternelle exigence et de célébrer le plaisir et la beauté naturelle avant toute autre chose. Les plongées se sont succédées, les expériences aussi et l’émerveillement fut grandissant pour la grande amoureuse de la nature que je suis. Les matinales furent mon moteur du milieu de semaine et les plongées le week-end me ressourcent et me permettent de faire le bilan des semaines riches et intenses que je vois passer à toute allure les unes derrière les autres. Je marque mes plongées au feutre rose, comme des rendez-vous galants dans mon agenda et j’ai le cœur qui bat à chaque immersion qui approche…
La confiance grandit avec les immersions qui se succèdent, 40, 50 puis 60 et 70 et bientôt 80 ! La surprise de la rencontre est toujours aussi délicieuse : des dizaines de personnalités différentes, des touristes, des amis, des gens que je ne reverrai probablement jamais mais avec qui je passe un moment unique et fort. Et un noyau dur indescriptible : ce groupe qui me donne l’impression que je suis encore étudiante à aller me faire mes petites narcoses matinales et mes petits dej d’ado ! Cette passion est décidément pleine de surprise : elle symbolise si profondément une coupure avec le reste de ma vie mais elle s’inscrit pourtant parfaitement dans celle-ci comme si plonger était comme enseigner : un instinct, une certitude, une envie intacte à chaque immersion, cette cristallisation de l’instant présent.
Qu’il est bon aussi de contempler pour contempler, s’émouvoir devant un beau paysage sous-marin, laisser voguer ses pensées et son esprit au fil des vagues, laisser l’air marin pénétrer tout son être et son esprit, s’abandonner à la nature dans toute sa splendeur et sa générosité. Je suis toujours profondément touchée par la communion de l’être et la nature, par cette alchimie indescriptible entre l’essence profonde et son inscription dans cet environnement naturel qui l’a engendrée et d’où elle est née. La mer est notre « mère », elle réconforte la plus grande des tristesses ou des mélancolies, elle calme les petits bobos du corps et de l’âme, elle apaise les sens et nous accueille en son sein à toute heure du jour et de la nuit. Elle se déchaîne parfois et « explose » en nous chassant de sa violente houle, mais elle retrouve toujours ce calme revivifiant et cette parfaite organisation qui nous enchante et nous rend heureux.
Creuser dans le bleu, le corps rectiligne, vertical, pointu comme une aiguille. Rechercher les sensations, trouver celle que l’on avait pas ressenti la fois d’avant ou celle dont on nous parlait pendant la formation et qu’on ne comprenait pas. Chaque bascule est une découverte, chaque descente est une nouvelle danse, une nouvelle vibration ondulatoire qui parcourt chaque membre et qui régale notre âme et notre esprit. Que ce bleu est apaisant, que cette profondeur sous nos pieds est attirante. Qu’il serait bon de se laisser glisser, qu’il serait bon de se faire confiance en toute circonstance et passer le N3…
Je suis si admirative quand je vois ces N3 se lancer à l’eau comme s’ils allaient faire des courses ou acheter du pain… Je sens que je me dirige vers cette dextérité, cet apaisement total et cette confiance en soi, infaillible, maîtresse de cérémonie subaquatique, cette amie dont on cherche le visage quand la situation tourne à l’imprévu. Mais ce que j’ai aussi compris avec la plongée, c’est que cette amie fidèle est en nous, en nos propres ressources intrinsèques, celles qui nous poussent à agir mêmes dans les situations imprévues et paniquantes, cet instinct de survie qui est en chacun de nous et qui guide nos pas inconsciemment mais de manière responsable…
L’envie de se faire confiance, l’envie de mener cette quête de l’autonomie à son aboutissement suprême, cette technicité à son comble, ce ressenti des grandes profondeurs au grand jour me pousse inextricablement vers le N3. C’est une joie indicible que de croire en soi, de faire confiance à son instinct, mériter cette responsabilité et parvenir à adapter son comportement à une situation donnée en toute circonstance. Le N2 est comme une nage avec une perche non loin de soi. Le N3 est cet accomplissement de son savoir, son savoir faire et son savoir être qui regarde cette perche lentement s’éloigner et se fondre dans le décors pour laisser place à l’aboutissement de cette autonomie tant redoutée et pourtant si savourée une fois acquise.
La plongée rend adulte : elle responsabilise sans dramatiser, elle est prise de conscience sans exagérer, elle est autonomie sans dérive et elle est soif de liberté sans perte de repères. Qu’attendre de plus si ce n’est ce N3 et avec lui les joies des grandes profondeurs, des autonomies entre lâcher prise suffisant pour ressentir tout le plaisir et contrôle suffisant pour assurer sa sécurité et celle des autres… Pour autant la hâte que l’on ressent tous au sortir du N2 a laissé place au contentement de plonger et plonger encore… Un proverbe asiatique dit : « quand l’élève est prêt, le maître apparaît », je pense qu’il en est de même pour les niveaux. La course effrénée ne rime à rien : quand le corps et l’esprit auront trouvé leur danse à l’unisson dans notre bel océan indien où je me suis enracinée, alors rien ne s’opposera à l’obtention de ce N3 dans la sérénité et le détachement. Plonger est une philosophie de vie, pas une course aux diplômes ou à la performance. C’est en tout cas ce que je suis venue chercher en plongeant : cesser la course et comprendre la richesse de l’immobilité, de la contemplation désintéressée, l’intensité du néant bleu des descentes, des bancs de sable à perte de vue et des paliers sans faune ni flore… Saisir ce qui relie si étroitement le tout et le rien, le complet et la partie, l’homme et la nature.
C’est dans le vide qu’est la réponse, c’est dans cette non précipitation qu’est la solution de toute chose : dans le vécu et le ressenti purs, dans l’introspection que suscite la parfaite harmonie de la nature et cette plongée dans les méandres de nos êtres émotionnels que permet chaque immersion dans sa dimension méditative, responsable et authentique.
Back from nowhere !
N2 and Divemasteuse in English please ! Thank you Milka !