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Récit plongée sur crash

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Récit plongée sur crash

Messagede mickaelserantes » 05 Mai 2006, 10:38

C'est long mais ca vaut le coup de lire tout :wink:



CRASH DE L'AIRBUS DE KENYA AIRWAYS A ABIDJAN

Intervention des plongeurs du Gersma

Abidjan dimanche 30 janvier 2000, il est 21h08 quand l'Airbus A310 du vol Kenya Airways décolle de l'aéroport Félix Houphouët Boigny à destination de Nairobi via Lagos avec 179 personnes à bord. Des témoins affirment que l'avion a du mal à prendre de l'altitude. Deux minutes plus tard il disparaît dans les eaux noires de l'Océan Atlantique.

Vers 22 h, Alain, le responsable technique du GERSMA, le club de plongée d'Abidjan est prévenu de l'accident par un ami de l'ASNA, le club nautique d'Abidjan. Il contacte immédiatement les plongeurs résidant à proximité de la marina. 30 minutes plus tard le Wor'O2, bateau du club, quitte le quai pour les lieux présumés du crash. L'information donnée par la tour de contrôle situe celui-ci à 16 miles au large dans le sud de la piste de l'aéroport. Il est en fait situé à environ 1,5 miles de la côte. Avec Le Wor'O2 se retrouvent sur le site 2 autres bateaux du club nautique, 2 remorqueurs du port d'Abidjan, un bateau de pêche ainsi qu'un remorqueur privé. Après une recherche longue et pénible, l'équipage du Wor'O2 sauve trois passagers rescapés du crash. Il récupère hélas de nombreux corps sans vie. Au total ce sont 10 survivants et 79 corps qui sont repêchés par les bateaux présents sur le site.

Mardi 1er février, nous apprenons la venue de 21 plongeurs militaires kenyans. Ils seront semble t-il chargés de remonter les corps de victimes.

Dans la journée du mercredi 2 février, les spécialistes du Bureau d'Enquêtes Accidents français utilisent un détecteur de surface. Ils situent la zone du crash dans l'axe de la piste.

Dans le courant de la journée, le Commandant Agnimel, responsable des plongeurs du GSPM (Groupe des Sapeurs Pompiers Militaires) sollicite la collaboration du GERSMA. Aucune des sociétés de travaux sous-marins installées à Abidjan, ni les pompiers n'ont les moyens ou les compétences disponibles pour intervenir sur l'épave. Le temps presse, il faut remonter le plus rapidement possible les boîtes noires de l'avion, indispensables aux enquêteurs pour comprendre les raisons de l'accident.

Commence alors une longue série de réunions avec les autorités civiles et militaires ainsi qu'avec les spécialistes d'Airbus et du BEA pour assurer dans les meilleures conditions possibles cette intervention. Le responsable des plongeurs militaires kenyans y participe. La liste des plongeurs du club capables d'effectuer ce travail est établie soigneusement et sans concession. Tous ont grande habitude des plongées profondes qu'ils pratiquent plusieurs fois par mois sur des fonds de 50 à 60 mètres. Ils sont tous volontaires et ont obtenu l'autorisation de leur employeur.

Une première plongée de repérage est effectuée le jeudi 3 février. Le chef plongeur Kenyan doit s'intégrer dans une palanquée, les plongeurs du GSPM doivent assurer la sécurité en surface.

Le Wor'O2 quitte le quai de l'ASNA vers 15h avec à son bord 6 plongeurs du GERSMA, le chef plongeur Kenyan et des officiels civils et militaires. Une rupture de l'arbre de transmission oblige à un changement de bateau. C'est sur les bateaux NRJ et Starlight de Grand Bleu que seront effectuées toutes les sorties.

Le site est localisé au GPS puis au sondeur. Une bouée est mouillée. Les plongeurs descendront le long de ce mouillage. Trois palanquées sont organisées. Objectif : confirmer la localisation de l'épave, baliser le site et commencer la recherche des boîtes noires. Le fond est à 52 mètres. La visibilité est faible mais la présence de débris confirme la proximité de l'épave. Un problème technique apparaît. Les émetteurs Aladin Air X dont sont équipés plusieurs plongeurs brouillent le système acoustique de recherche. Il est impossible de déterminer la direction et la distance des émissions. Une palanquée est accompagnée par le plongeur Kenyan. Stressé, il ne descend pas à plus de 10 m... La dernière palanquée remonte alors que la nuit est tombée.

Vendredi 4 février. Rendez-vous à 7h30 pour un briefing et la préparation du matériel. On démonte notamment les émetteurs des Aladin pour les remplacer par des classiques manos... Les pompiers sont équipés en blocs, détendeurs et stabs par le club. Les plongeurs du GERSMA effectueront la recherche des boîtes, les pompiers la sécurité surface. Les Kenyans ne plongent pas mais leur chef plongeur nous accompagne pour voir comment cela se passe…et représenter les autorités de son pays. Vers 9h nous partons en emportant un second mouillage plus robuste pour compléter le balisage de surface.

Sur le site nous retrouvons des vedettes des douanes, des embarcations des affaires maritimes et un navire la marine ivoirienne. Ils ont perdu le mouillage posé la veille. Gérard FRERE le skipper de NRJ le retrouve grâce au point GPS et à la vue des membres de son "équipage". Très vite la flottille est rejointe par des embarcations de journalistes n'ayant pas trouvé place sur l'une des embarcations "officielles". Il faudra durant toute l'intervention que les plongeurs en surface et les pompiers fassent la police en permanence pour éviter un accident. Il semble que pour un journaliste, quelle que soit sa nationalité et l'agence pour laquelle il travaille, une photo de boîte noire a plus de valeur que la vie d'un plongeur…

Du fait de la profondeur et du stress engendré par la nature même de ces plongées, nous avons mis au point une organisation qui ne doit rien laisser rien au hasard et optimiser au maximum la sécurité des palanquées. Chacune des trois palanquées est composée de quatre plongeurs. Deux plongeurs de fond équipés du détecteur assurent la recherche. Les deux autres plongeurs assurent leur sécurité en restant au-dessus d'eux dans les bulles. Temps maximum au fond 15mn. Les blocs de sécurité sont prévus à 6 et 3 m. En surface les pompiers plongeurs sur leur pneumatique sont équipés prêts à intervenir tout en faisant la police. Ils sont assistés par les deux bateaux de plongée ou se trouvent les autres plongeurs du GERSMA dont les palanquées descendent à tour de rôle, dès le retour en surface de la palanquée précédente.

Les conditions de plongée sont bonnes avec un fort courant de surface et une visibilité au fond de 10 à 15 m. Le fond est couvert de débris, et malheureusement de cadavres de passagers. Image difficelement supportable même si dans sa tête on y est préparé. L'avion a littéralement explosé. Le plus gros morceau fait quelques mètres carrés. Nous nous étions fait à l'idée de trouver une carlingue dans laquelle il faudrait sans doute pénétrer pour sortir les boîtes situées dans une petite soute sous l'empennage. En fait nous avons survolé et fouillé un vaste champ de débris.

En fin de plongée la première palanquée découvre la première boîte noire. Elle est balisée. De retour en surface, après un discret conciliabule entre les membres du club, la décision est prise de la remonter. La seconde palanquée est composée de 6 plongeurs. Deux remontent de la boîte à l'aide de parachutes, deux recherchent la seconde, les deux autres assurent la sécurité. Une fois en surface, la boîte est hissée sur le pont d'un des bateaux de plongée et placée dans une glacière remplie d'eau pour éviter le déclenchement de la corrosion. Le représentant du BEA l'identifie comme étant l'enregistreur des données du vol (Data Flight Recorder) La seconde boîte n'émettant plus, elle n'est pas localisée.

De retour au port, la boîte est officiellement remise par le GERSMA aux autorités ivoiriennes (la Marine Nationale.) Les palabres traînent en longueur et il n'est plus possible de repartir pour la plongée prévue l'après-midi.

Samedi, à 7h30 le groupe se retrouve pour préparer le matériel. Trois plongeurs du GSPM encadrés par un capitaine des pompiers de Paris en mission de coopération plongeront avec nous. Ils ne plongent habituellement que dans la lagune et ne sont normalement pas opérationnels au-delà de 20 m.

Par égard pour les familles nous avons décidé de remonter quelques corps tout en essayant de retrouver la seconde boîte noire. Après un briefing précis l'organisation et la sécurité des plongées sont précisés en tenant compte des enseignements des plongées précédentes. Les rôles de chacun sont fixés. Deux palanquées du GERSMA et la palanquée des pompiers assureront la remontée d'un maximum de corps à l'aide parachutes gonflés avec des biberons. Deux palanquées du club rechercheront la seconde boîte noire. La sécurité en surface sera comme la veille sous la responsabilité du GSPM. La sécurité des plongeurs "fond" sera assurée par des plongeurs restant à vue, quelques mètres au-dessus avec une attention particulière pour les plongeurs du GSPM. Dispositif supplémentaire, un plongeur "nounou" tiendra compagnie aux plongeurs lors des paliers en restant particulièrement attentif à leur comportement. Le risque majeur que nous redoutons est le déclenchement d'un malaise causé par le stress, au fond ou en cours de remontée.

La récupération des corps en surface est confiée aux militaires français du 43ième BIMA. qui doivent avec leurs pneumatiques les remorquer jusqu'au chaland de la marine ivoirienne...

Après de nombreuses palabres dues à la mauvaise foi et au comportement scandaleux de Kenya Airways, nous partons vers 11h. En accord avec les autorités ivoiriennes et françaises, se sera notre dernière intervention. Nous avons remonté, avec les plongeurs du GSPM, 10 corps. Nous n'avons pas retrouvé la seconde boîte noire.

Les Kenyans doivent également plonger. Ils plongeront après nous avec leur propre logistique et organisation. Les plongeurs du GSPM assureront leur sécurité en surface.

Nous leur laissons la place avec beaucoup d'appréhension après avoir observé leur comportement avant la plongée.

Le premier plongeur Kenyan, le sergent Karisa, se tue au bout de quelques minutes de plongée et ses 3 compagnons sont choqués ou accidentés. Notre intervention rapide évitera sans doute d'autres drames...

Après avoir longuement discuté avec le responsable Kenyan, les pompiers militaires ivoiriens ont à notre demande et par l'intermédiaire du capitaine français obtenu, que les Kenyans regagnent le port. Nous rentrons avec à notre bord les 3 plongeurs kenyans accidentés placés sous oxygène. Un médecin militaire français assure un suivi médical. Seul un Kenyan accepte une recompression thérapeutique...

En plus que nos difficiles et pénibles interventions, cet accident survenu au sergent Karisa a marqué notre équipe. Nous avons le sentiment d'un comportement criminel de la part de ses chefs. Ces plongeurs n'étaient visiblement pas préparés techniquement et mentalement à opérer à cette profondeur, comme si un promeneur en sandale partait faire l'ascension du Mont Blanc.

Une compagnie d'intervention sous-marine Sud-Africaine a pris le relais dans les jours suivants. Elle a fait venir un ROV et des plongeurs professionnels. La seconde boîte noire a finalement été retrouvée à proximité de la première et remontée le 24 février. Les recherches sont maintenant stoppées et quelques passagers de l'Airbus reposent à jamais dans les eaux de l'Atlantique. Le corps du sergent Karisa a été remonté. Il avait de l'air dans son bloc et son détendeur fonctionnait. Sa mort par surpression pulmonaire est sans doute consécutive à une narcose ou a une panique.

Yves KAPFER

Les plongeurs du GERSMA

Jean Claude ALIZAN, Stéphane AZIBERT, Thierry BARBERAT, Yves KAPFER, Alain KOFFEL, Antony LALOUELLE, Claude LANNUZEL, Jean Charles PHILIPPE, Nicolas PIC, Jean Franck RIVAUX, Eric RUIZ, Michel STOUVENEL

Nous tenons à remercier pour leur assistance Gérard FRERE qui a mis ses bateaux a notre disposition, les militaires français du 43ième BIMA qui nous ont soutenus lors de la remontée des corps, le médecin chef PAYEN détaché par le service de santé de l'armée française dont le soutien psychologique a été particulièrement apprécié.
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Messagede Charlie » 05 Mai 2006, 12:07

Bonjour.
Récit très instructif.
On ne peut pas s'improviser plongeur sauveteur même si on a l'habitude des plongées profondes. Trop de facteurs émotionnels rentrent en ligne de compte.
Enfin l'organisation d'une expédition de ce type compte beaucoup pour la sécurité de tous le monde, en immersion ou en surface,comme c'est écrit. Là aussi l'improvisation ne pardonne pas.
On peut également se poser des questions sur l'entrainement des plongeurs militaires Kényans.

Charlie :twisted: :twisted:
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Messagede henri91 » 05 Mai 2006, 13:40

Salut,

De toute manière en France, cela nous est interdit.

Meme pour "travailler" sur un site archeologique à petite profondeur, il faut un brevet de scaphandrier.
Que les bulles vous soient favorables
http://nemoplongee.freezee.org

Cordialement

Henri
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Messagede octopus » 05 Mai 2006, 13:56

Bonjour,

Récit TRES intéressant !!!

NB : Tu as tout fait raison, Charlie.
Fred Geiselmann
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Messagede mickaelserantes » 06 Mai 2006, 12:09

mais vu qu'en coté d'ivoire et en afrique de l'ouest en général il n'y a pratiquement aucune formation de plongée localement on est obliger de demander la participation à des clubs de plongée ou les militaires francais implantés sur place...

C'est l'afrique et son manque de moyen malheureusement...
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Messagede Sim0n » 12 Juil 2006, 14:59

Cela prouve les moyens des pays africains c'est affolant et triste...les plongeurs du club ont eu beaucoup de courage...
Merci pour ce recit tragique mais qui prouve qu'il y a des gens courageux partout :wink:
PADI AOW

A bientôt sur terre ou sous mer...
A quand la prochaine plongée...?
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Messagede Cigale de Mer » 12 Juil 2006, 19:13

Bonsoir tout le monde !

Chapeau bas et respect à tous ces plongeurs volontaires et courageux...
La spécialité de l'afrique est malheureusement le manque de moyen et le peu de cas que l'on peut faire de la vie humaine.... Quel dommage...
Tout corps plongé dans l'eau trop longtemps a tendance a tout oublier......
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Messagede Shinta » 17 Juil 2006, 16:08

salut!
vraiment instructif, mais ça fait froid dans le dos quand on voit le niveaux des plongeurs kénayans.
en tout cas bravo aux plongeurs du gersma!
Shinta
 
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