de Davinu » 23 Nov 2011, 11:53
le puits Saint Barthélémy (u Puzzu San Bartumià) à Bonifacio :
L'approvisionnement en eau pour la ville en général et l'armée en particulier a toujours constitué un sérieux problème à Bonifacio. Les militaires, comme les civils, se rendaient à la fontaine de Longone. Cependant, il fallait beaucoup d'eau pour alimenter le lavoir collectif de la caserne, laver les locaux, arroser les quelques arbres, faire la cuisine. Pour cela, le Génie militaire, de 1852 à 1856, avait foré un puits de 65 mètres de profondeur et de trois mètres de diamètre, dans le corps de la roche calcaire afin d'atteindre au bas de la falaise une grotte dans laquelle se trouvait (et se trouve toujours) une magnifique nappe d'eau qualifiée de "saumâtre" (elle était de très bonne qualité au néolithique). Cette grotte communiquait avec la mer. De là, on pouvait rejoindre, comme aujourd'hui, l'Escalier du Roi d'Aragon par un sentier creusé à flanc de falaise. Jadis, c'est par cet escalier historique que l'on parvenait au petit lac souterrain.
Cette curieuse nappe, légèrement située en dessous du niveau de la mer, est nommée "puits Saint Barthélémy", certainement parce qu'elle se trouve juste sous l'ancienne église du même nom.
C'est, en effet, à proximité de Saint Barthélémy, que part un escalier en colimaçon de 330 marches tournant autour du "puits" et aboutissant à la mer (L'Escalier du Puits Saint Barthélémy ; en bonifacien: A Scara di u Puzzu San Bartumià.) Cet escalier qui présente une succession de marches interrompues de six repos tous les neuf mètres de hauteur environ, est pourvu d'un parapet .
L'eau était remontée en surface par un système de captage composé d'une chaîne sans fin munie de godets mue par un mécanisme actionné par un mulet tournant en cercle comme au manège. Le creusement de cet escalier et du puits a été réalisé de 1852 à 1856 par le Génie militaire. Un système de pompage remontait donc l'eau jusqu'au sommet de la falaise. Il consistait en une noria actionnée par un mulet qui, les yeux bandés tournait autour du puits qui n'avait rien d'artésien. Un plan de 1856 montre que l'on avait essayé d'installer une sorte d'éolienne au-dessus du hangar protégeant le puits. Plus tard, on devait utiliser en surface un moteur à essence auquel succéda une pompe immergée fonctionnant électriquement. André Serra auteur d'un ouvrage "Bonifacio" écrit en 1910, raconte que durant ces travaux entrepris de 1852 à 1856, un éboulement s'était produit qui avait coûté la vie à un Bonifacien (Jean-Baptiste Sorba).
Le percement vertical de la falaise avait nécessité l'extraction de plusieurs milliers de mètres cubes de roche.
Histoire : Il est curieux de constater que, dès 1658, les Génois avaient envisagé la réalisation de ce puits. Des plans détaillés avaient été dressés, notamment par le capitaine Marcello Mascardi. Mais il semble qu'il y eut de sérieux différends avec les confrères de l'oratoire Saint Barthélémy. Ces derniers craignaient que les travaux effectués à proximité de leur bâtiment ne provoquent des dégâts. Il est également possible que l'administration génoise ait reculé devant le coût de cet ouvrage et qu'elle ait remis sa réalisation à plus tard comme c'était souvent le cas. Cela dit, il paraît donc certain qu'en 1852, le Génie n'a fait que reprendre l'idée des Génois (vieille de 200 ans).
source : François CANONICI