Je pris l'astronef intergalactique pour rejoindre l'île.
Incognito, je profitais de quelques jours de vacances pour pouvoir apprécier les vins de Madère, me balader en famille dans les forêts laurisylves, et plonger dans l'Océan infini.
Parce que c'est vous, j'ai ramené quelques photos souvenirs de cette courte escapade. Pour une fois, j'ai pris le temps de classer les photos prises sur six plongeouilles. Mais je vous préviens, cette petite histoire peut choquer les âmes sensibles.
Je vais accompagner ce petit compte-rendu par un premier verre de vin de Madère sec ; le sec, il paraît qu'on le prend à l'apéro. Mmmmh.
Le bateau de plongée est assez grand, et nous sommes rapidement sur les sites de plongée, malgré la houle qui se lève lorsque les alizés se mettent à souffler.

Heu, non, ça c'est la surveillance de l'île (j'aurai peut-être du mal à m'en échapper).
J'avais pourtant trié mes photos... Donc notre bateau de plongée s'amarrait le plus souvent sur des bouées fixes.

Les fonds marins de Madère, île d'origine volcanique, sont rocailleux, comme aux Canaries relativement proches. Le relief sous-marin est souvent prononcé, et les tombants ne sont pas rares.

La flore est représentée par une mince couche d'algues vertes accrochées aux roches, et broutées par des oursins et des poissons. Les holothuries et les oursins diadèmes sont très présents sur certains sites.

Les oursins sont le refuge de poissons juvéniles, principalement des castagnoles.
Leur principal prédateur est le plongeur guide de palanquée ; le couteau de plongée de Rambo découpe, broie, étripe, éparpille façon puzzle tout oursin diadème rencontré. Cela attire les poissons, qui attirent les touristes plongeurs photographes.

Cette photo est la seule que j'ai prise où les poissons ont été attirés par des oursins sacrifiés, je vous épargne les gros plans sur les tripes d'oursins.
De nombreuses bêtes piquent sur les fonds madériens. Le classique ver de feu, bien plus fréquent qu'en Méditerranée, se promène sur les roches, élégamment, sans s'emmêler les pattes...

... et même sur les oursins ; on peut en déduire que le ver de feu aime jouer à cache cache ou bien pratique l'acupuncture.

Avec un peu de chance, on peut trouver un nid de vers de feux... On cherche toujours un volontaire pour en retirer la carte au trésor qui y serait dissimulée. Parmi les candidats à Fort Boyard, peut-être ?

Tout ça me donne soif ; si on continuait avec un petit Madère mi-sec ? C'est un poil plus doux, paraît-il, mais j'ai du mal à voir la différence.
Les jolies plumules provoquent aussi de belles démangeaisons ; évitez de les caresser, votre épiderme s'en souviendra.

Autre faune fixée, on retrouve les petites anémones jaunes, fixées dans des zones sombres, et semblables à celles de la Méditerranée (il faut bien que je compare à ce que je connais, cela fait partie des bases de l'apprentissage).

Mais la reine des anémones est aussi présente : l'anémone géante (20 cm de diamètre quand même) existe en différentes couleurs : blanche, rose, orange... Qu'il est farceur, le Dieu qui a créé ces anémones !

L'anémone géante est souvent habitée par des crevettes, par exemple les crevettes nettoyeuses dites Lady Scarlet.

On peut voir ces jolies crevettes s'afférer sur les murènes par exemple.

Zut, une girelle paon est passée devant ; attends, je la refais. Souris donc un peu.

Ah mais on ne va pas y arriver, si les demoiselles s'en mêlent aussi... Attends !

Voilà. Parmi, les bêtes à pinces, on trouve à Madère une sorte d'araignée dite à nez pointu.

Avez-vous remarqué la murène tigre dans l'angle de la photo ?
Toujours avec des pinces, on trouve des sortes d'étrilles aplaties avec une tête d'extra terrestre.

Et puis des grosses araignées toutes moches bien camouflées comme en Méditerranée...

Les pagures se promènent aussi en plein jour, avec précaution.

Voilà les principales bêtes armées de pinces que j'ai rencontrées.
Et si on essayait le Madère mi-doux ? Plus c'est doux, le Madère, plus le bouchon – encore en vrai liège - est facile à enlever. Bien, reprenons ce petit compte-rendu dans la joie et la bonne humeur.
Sur le sable ou sur les roches, je recherche les nudibranches. Le premier que je trouve, je l'ai déjà rencontré aux Canaries : c'est un doridien, l'Hypselodoris picta webbi.

Et puis de face (un autre spécimen un peu différent) :

Hum... Il ressemble un peu au doris géant.
Et cette corolle délicate est peut-être bien sa ponte :

Mais ce n'est pas le plus gros nudibranche que j'ai rencontré à Madère. Le plus gros, c'est lui :

Une ombrelle, près de 20 cm de diamètre ! Je vous avouerai que je l'ai prise au début pour une sorte d'anémone. Il y en a aussi en Méditerranée, l'avez-vous vue ?
Sur les fonds, il y a aussi des épaves, mais je n'en ai vu qu'une ancre abandonnée. Quelle est son histoire ? Est-ce l'ancre du navire qui amena jadis sur l'île les amants maudits Robert Machim et Anna d'Arfet ?

Sur les fonds sableux, on peut aussi rencontrer de belles étoiles de mer. Je ne vous en ferai pas un inventaire, j'ai particulièrement apprécié l'étoile de mer peigne, qui s'enfouit dans le sable très rapidement. J'ai remué l'eau au-dessus de celle-ci pour la dégager :

Et puis j'ai vu pour la première fois cette grosse étoile à huit pieds, une Coscinasterias tenuispina sans doute :

Quelques petits poulpes se promènent aussi sur les fonds de Madère.

Lors de la première plongée, j'ai montré celui-ci au guide de palanquée qui a essayé son couteau dessus. Mais le poulpe a pu se cacher à temps dans une faille. Par la suite, je n'ai plus rien montré de vivant à aucun guide.
Bon, ben j'ai peut-être fait le tour de la faune... Ah ben non, j'oublie les poissons !
Je vous ai déjà présenté une murène avec sa crevette nettoyeuse, comme celle-ci :

Mais il y a plusieurs types de murènes ; la palme d'or de la dentition aiguisée est attribuée à la murène tigre, de couleur jaune :

Elle n'a pas l'air bien aimable, n'est-ce pas ? C'est parce qu'elle a mal aux dents sans doute, pas étonnant avec une telle dentition, il faut un dentifrice adapté.
Et si on essayait le Madère doux ? Ah, c'est mon préféré sans aucun doute. On se rapproche des vins cuits comme le Porto, et, j'ose l'écrire, un peu du Banyuls ou du Maury. Et puis ce n'est pas trop alcoolisé, 19° seulemnt, non, seulment, non, seulement.
Puisqu'on en était à parler de la faune des fonds, je vais vous montrer la photo qui fait peur :

Du sable, sortent des centaines de serpents marins préhistoriques, à perte de vue...
Mais heureusement pour nous, ce ne sont que des anguilles qui se cachent dans leur trou dès qu'on s'approche un peu trop d'elles. Elles passent leur temps à travailler leur potager et on les appelle des anguilles jardinières.
Pour détendre l'atmosphère, je vous présente le petit poisson globe, qui peut gonfler s'il a peur, mais qui est déjà bien rigolo comme ça :

Autre bizarrerie, le poisson trompette, qui se tient souvent à 45° de l'horizontale ou de la verticale, c'est pareil.

Il n'est pas bien équilibré, il devrait mieux répartir son lestage. Parfois on peut le trouver la tête en bas, et ce n'est pas mieux question équilibrage.
Il y a aussi plein de petits poissons, en bancs serrés. C'est la foule des bogues disciplinés, qui vont tous dans la même direction. On les suit ?

Et puis il y a les poissons plus gros, toujours en bancs... Ceux-là sont peut-être des sérioles.

Mais comme partout il y a aussi les poissons solitaires. Des gros serrans qui se prennent pour des mérous :

Des vrais mérous (dans la réserve), peu craintifs, certainement nourris par les plongeurs locaux qui les chatouillent sous le menton. Guiliguili, fais risette au photographe.

Je préfère m'éloigner pour trouver un autre mérou solitaire planqué dans un trou... Pardon, je ne fais que passer !

Et puis des barracudas solitaires, qui viennent agrémenter les paliers des plongeurs qui se sont attardés (heu, j'ai glissé, chef, mais je n'ai jamais dépassé les 15 mn de paliers)

Et plusieurs poissons que j'ai du mal à identifier... Peut-être un poisson chien (il y a le même en vert pour les écolos) ?

Une saupe tropicale (ou une sorte de pyranha) ?

Et puis surtout... oserais-je en parler ?
Ce poisson a déjà tant fait parler de lui au cours de mes aventures avec le schtroumpf plongeur, que je me dois d'avertir tous les schtroumpfs de la planète : il y a de nombreux balistes à Madère !
Cela a commencé par un simple individu qui me suivait, de plus en plus près, mine de rien...

Et puis, petit à petit, il se rapprochait en me surveillant du coin de son gros œil malicieux...

Mais, veux-tu t'éloigner, je n'arrive pas à cadrer ta photo !

Mais que... Mille sabords ! Aïe, il m'a mordu !

Pour la première fois de ma vie de plongeur, j'ai du mettre un pain à un poisson ! Rassurez-vous, le baliste ne s'en est pas trop formalisé, il a continué à me suivre de près et je n'ai pas réussi à le semer. C'est beau, l'amour.
Ce fut le début d'un véritable cauchemar lorsque je pris conscience que ce baliste n'était pas seul...

La formation des balistes se resserrait autour de moi...
Ce n'est qu'en quittant le site, au milieu d'un courant furieux, dans une bulle comme Pépin, que je pus échapper à leur attaque groupée.
Rien que d'y penser, j'en ai la gorge sèche. Savez-vous qu'à Madère, on fait aussi un bon rhum agricole ? Là, c'est plus costaud, 40° quand même (quand on connaît le rhum antilais, 40° ne font pas peur).
Mmmm. Ah oui quand même. Là c'est autre chose qu'la vin cuite.
Pis quand j'srai grand et fort, j'machètarai le touteau, le couteau de Rambou pour pourfendre les méchants balistes.
En conclusin, en conculsion, donc pur finir, laizons la rapole à man copain le schtroumpf plongieur.

« La schtroumpf madérienne est très belle. Mais schtroumpf aux balistes et aux vins... Veuillez excuser l'indisponibilischtroumpf temporaire de Foifoi... ».
