Le mérou est sûrement un poisson migrateur. Avant son grand départ vers les mers chaudes et les filles bronzées, je suis allé lui dire au-revoir, simplement, comme à un ami qu’on souhaite retrouver chaque année avec autant de plaisir.
Pour voir mon ami le mérou, je vais à la réserve marine de Banyuls-Cerbère, pas la réserve intégrale qui est interdite à la plongée, puisque je respecte les interdits parfois, mais celle qui est tout autour.
C’est la descente en eaux troubles, sur le site des Tignes.
La visibilité est celle d’après la pluie, c’est à dire qu’on n’y voit pas vraiment dans l’eau si vous voyez ce que je veux dire.
Armé de mon appareil photo, j’erre à la recherche du mérou, accompagné de mon binôme du jour peut-être un peu inquiet d’avoir un binôme un peu bizarre (je le comprends, je m’inquiète un peu moi-même de moi-même parfois).
Une girelle tourne autour d’une gorgone, exercice certes amusant mais vite lassant. Comme quoi on peut trouver rapidement plus bizarre que soi.
Plus loin, une flabelline fait sa gymnastique. Elle a du mérite, moi je ne pourrais pas faire du sport à l’heure de la sieste et de la digestion ; heureusement que ma plongée est un loisir.
Les sars nous accompagnent ; c’est gentil, on pourrait se perdre ici.
Près des tombants du site couverts de gorgones blanches, des bancs de castagnoles prennent le relai et nous précèdent.
Entre deux roches, le fond devient sableux.
Le mérou blanc est là, posé sur le sable blanc. C’est comme pour le chocolat, le mérou blanc est le mérou des connaisseurs. Comme Moby Dick, la baleine blanche, le mérou est une figure de légende pourtant bien réelle.
Vous le voyez ? là, presque au centre de la photo !
On se rapproche sur la pointe des palmes.
Je me rapproche encore pour une dernière accolade, mais le voilà qui prend son envol...
Dis le mérou blanc,
oh dis, emmène-moi
Retournons au pays d'autrefois
Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Pour cueillir en tremblant
Des étoiles, des étoiles.
Pardon, Barbara...