Ce dimanche matin de juillet commence par une scène pour le moins étrange...
Comme dans Tintin en Amérique, des haltères ont été accrochées aux pieds de mon binôme, et curieusement ces haltères flottent. Comme dans Tintin je vous disais !

Ah ben non ce ne sont pas des haltères, mais la bouée de la gueuse, qui n'est pas attachée aux palmes de mon binôme finalement. C'est la gueuse qui descend jusqu'au fond, là.

Oui, je sais, on n'y vois pas grand chose pour l'instant, à part le bout de la gueuse, mais il faut apprendre à apprécier même un simple bout, qui mène quelques 27m plus bas, au large de Saint-Cyprien... Là.

Moi qui pensais faire un compte-rendu sur une plongée sur le coralligène de la côte Vermeille, me voilà embarqué sur une barge. Il va falloir improviser, d'autant plus que je ne connais absolument rien de cette épave ; vous non plus ? Tant mieux, comme ça je peux imaginer son histoire véridique.

Alors nous voilà donc sur la proue de cette superbe barge d'environ 7m de large pour 40 de long et moins de 4m de haut, à vue de nez, et à la louche (grande, la louche).
Elle est toute de tôles et de broc, et les poissons l'ont adoptée : des bancs de castagnoles, des maquereaux, des bogues, quelques sars et anthias entament un ballet magnifique pour fêter l'arrivée de notre palanquée.

C'est la fête ! L'eau est assez claire sur le dessus de l'épave, tandis qu'elle se brouille et se refroidit sur le sable autour de la barge.

La proue est encore en bon état, mais je n'aperçois pas d'ancre sur ses flancs.
Les bords de la coque sont verticaux, ils sont entièrement recouverts d'huitres, tandis que les plans horizontaux sont restés assez propres.

L'épave semble immergée depuis quelques décennies déjà... Goûtons un échantillon d'huître ; beuark ! Grâce à cette expérience gustative unique en son genre, nous pouvons dater cette épave avec certitude, à la 8ème dynastie du Bourbon, dite période néandertale moderne (20ème siècle environ).
Aucune immatriculation sur la coque : nous voilà certainement en présence d'un bateau de pirates !
Rapprochons-nous un peu. Une flabelline mauve est en train de pondre, ne la dérangeons pas...

De très nombreuses blennies habitent les moindres recoins de l'épave.
Celle-là a choisi d'occuper une coquille vide.

Rapprochons-nous encore un peu, j'aime bien la bouille rigolote de ces petits poissons.

En direction du large, voici la poupe.

Il y a même une ouverture, qui mène à une petite pièce dans la poupe assez propre, certainement la cabine du capitaine pirate (je n'ai pas eu le temps de chercher le trésor mais je crois que je sais où il se trouve).

La vue en contre-jour de l'ouverture me plait bien !

Nous parcourons un peu l'intérieur de la barge.
C'est le domaine des congres... Celui-là est au pied de l'ouverture qui mène dans la poupe ; il est dans la zone froide, la photo n'est pas floue : c'est l'eau froide qui est floue !

Celui-là joue à l'autruche en cachant sa tête derrière des poteaux.

Car ce qui subsiste de la cargaison ressemble à des pylônes, de style Edf.

À moins que ces pylônes n'aient été reconvertis à un autre usage...
Que pouvaient faire des pirates avec des pylônes en béton ? Ces pylônes en béton servaient autrefois à éperonner les superbes galions Espagnols pleins de lingots d'or. Quand un éperon était usé, on changeait de pylône.
Une étoile de mer glaciaire s'est réfugiée contre les parois internes de la coque, en attendant le retour de la saison fraîche.

Sa pose est étrange, elle nous cache quelque chose sûrement !
À notre approche, une petite langouste émet un signal radio avec ses antennes.

En surface, notre pilote à l'écoute saura décoder le message secret !
Repartons vers la poupe...

À quelques encablures, il semble y avoir sur le sable deux pontons flottants, encore amarrés à la barge, et qui ont sombré malgré tout !

C'était peut-être une prise des pirates, qu'ils ont prise en remorquage, cherchons s'ils y ont laissé quelques louis d'or.
Les structures sont parfois délabrées, et on peut voir l'intérieur, avec ses blennies, ses congres...
Celui-là s'est réfugié en dessous, avec sa copine la crevette (à sa gauche sur la photo).

D'autres structures sont en meilleur état, et on semble parcourir le pont d'un navire. Cela servait certainement de solarium aux terribles pirates.

Au passage, nous croisons le terrible capitaine Davy Jones...

Mais pour nous tromper, il s'est transformé en sympathique poulpe.
Mais la visibilité est moins bonne sur les pontons que sur la barge, qui est un peu plus élevée par rapport au sable.

Nous regagnons donc la poupe de la barge.

Ah, c'est plus clair ici, non ? Et c'est plus chaud, mais ça vous ne pouvez pas le sentir.
Mais un coup d'oeil à mon ordinateur de plongée m'indique qu'il va falloir rejoindre le bout sans trop tarder, si on veut éviter de trop longs paliers (et pas faire attendre les jolies plongeuses qui patientent en surface sur le bateau de plongée).

Et nous voilà repartis une fois de plus vers la proue...

Le bout est toujours là, entouré d'un banc de milliers de petits poissons. Voilà la direction du zénith, du soleil du Roussillon !

Adieu, épave mystérieuse ! Mais nous reviendrons pour découvrir un jour ton trésor, protégé par une armée de congres endormis et de langoustes aux antennes acérées... Même pas peur ! Moi aussi, quand je serai grand, je ferai Pirate !
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Post scriptum : un grand merci à François d'Aquatile pour cette belle plongée.