Bonjour
Depuis le temps que le clavier me démangeait…..
Je suis arrivé sur Mayotte en septembre 2008.
Habitant Petite Terre, le quotidien des plongées se résume très souvent par les spots de la passe en S (qui comprend 2 « S », l’un derrière l’autre).
Chacune des bouées (la passe est une réserve munie de bouées d’amarrage qui se détachent les unes après les autres sans que le service kivabien les remplace) a une « spécificité ».
Ici, la piscine pour les baptêmes, là, le tombant aux gorgones, là encore mérou palace et la patate aux tortues…
Bref, c’est joli, c’est sympa mais ça manque de tôles.
Hé oui, Mayotte était un ou des anciens volcans, il y a très très longtemps. Ils se sont éteints et s’affaissent dans l’océan.
Nous avons donc un lagon de 1500 km2 avec des fonds de 80 m maxi (mais le plus souvent entre 20 et 40 m) et des passes. 12 passes font communiquer le lagon avec le canal du Mozambique.
En cas de forts coeff’, il y a du jus.
Dans mon boulot, j’ai retrouvé Joseph S, un BE2 connu sur Martigues, Carry/Carro.
En septembre, le petit veinard qui a son bateau, se balade extérieur lagon sur la partie large du récif (où ça ne plombe pas encore à 800m) et remarque un écho au sondeur sur 34m.
Un second tour, qui confirme l’impression… une patate ? autre chose ?
Il prépare le matos, s’équipe et envoie son mouillage au 3° tour, m’explique t il. Il plonge immédiatement derrière l’ancre et découvre une nahonne au fond. Alors qu’il commence à explorer ce chaland, il entend les chants des baleines très fortement et les recherche autour de lui (ce qui fait qu’il aura passé plus de temps à chercher les mémères qu’à faire le tour de la tôle). (une nahonne est un chaland non ponté ; un chaland, c’est une « boite » métallique sans moteur et sans gouvernail, avec juste un volume important pour y mettre du vrac).
Néanmoins, il a pris le point GPS.
Au début du mois, ayant fini mon second forfait de plongées chez Scubaoré, je suis allé voir chez le voisin, Lambis plongée. Tout le monde se croise et se voit sur (l’unique) ponton d’Issoufaly à Dzaoudzi.
C’est ainsi que j’apprends que le Nyamba organise une plonge sur l’épave à Joseph le mardi 10 mars. Je m’empresse de m’y inscrire : la rouille, la tôle me manque. Les copains me parlent de loches(des gros mérous de 50 kilos et plus) vus, de barracudas, de carangues bleues…
J’affûte mon APN, charge la batterie ; je suis prêt.
Arrive le mardi.
Comme d’hab, je suis en avance sur l’horaire (je n’aime pas me stresser et j’aime bien prendre mon temps pour breler le matos). Arrive l’équipe qui charge le bateau. Quelques minutes plus tard, nous nous mettons en route.
Nous formerons 3 palanquées.
Joseph sera dans la première
Je serai dans la dernière avec Astrid, Rosen, JC et un autre copain.
Les palanquées partiront espacées de 20 minutes pour une durée prévue de 30 minutes au fond (de sorte, en fait que, au moment où la première arrivera en surface, la dernière pourra se mettre à l’eau le bateau étant en sécu surface dynamique parce qu’il peut y avoir beaucoup de courant).
Et vogue la galère. Enfin, en route pour le point qui a déjà été plongé depuis.
Nous passons sur la barrière de corail, la marée étant haute et fort coeff.
Arrivé sur le spot, hop, une balise est mise à l’eau et la première palanquée s’immerge…… pour mieux ressortir quelques minutes plus tard : la barge n’est pas là !
Merte, merte !!!! qui a piqué la barge ?
Pendant ce temps, le vent se leve et la mer se creuse un peu ; un grain arrive mais aura la gentillesse de nous éviter.
Bref, les encadrants replongent et la cherchent tandis qu’en surface, JC à la barre fait des ronds dans l’eau pour la trouver grâce au sondeur.
La première palanquée remonte à l’eau, interroge Joseph.
Personne n’y comprend rien : l’épave a déjà été plongée deux fois avec ce club et ce GPS et plottée.
Kikapiké la barge ? que personne ne sorte !
Les encadrants de la seconde palanquée se préparent et sautent sur un second écho.
Bernique !
Récupération des moniteurs et envoi des encadrants de la troisième palanquée sur un troisième écho.
Quelques minutes plus tard, surface ; ils l’ont trouvé ! (ouf !)
JC reste à mi profondeur, un autre moniteur est en haut.
Nous avons deux minutes pour nous préparer et sauter. Les derniers seront les premiers qu’ils disaient …..
Plouf !
OK ?
OK !
J’aperçois à 25 m le parachute de signalisation qui remonte de 5-6 m de l’épave. JC est entre lui et nous.
Je descends à plat ; je savoure, que dis-je, je déguste ! une tôle en eau chaude.
Ahhhhhhhhhhhhhhhh, je vais pouvoir me faire une piqûre de rouille.
(petit message subliminal à Arnaud G du SHOM : elle est déclarée aux Aff Mar locales ; dès que je pourrai (la refaire) je prendrai longueur, largeur, hauteur sur le fond, orientation….pour te transmettre, patron)
Il s’agit d’une barge métallique, non pontée d’une longueur de 25 m environ, haute de 2.5m environ et large de 5-6m (à la grosse louche, hein)
La pointe avant est fermée sauf un panneau (rien d’intéressant dedans). La pointe arrière ressemble à un local barre sauf qu’il n’y a pas de gouvernail mais une belle murène grise. La partie centrale est vide à l’exception d’un reste de remorque avec un double essieu.
En descendant sur la barge, je fais le signe OK à JC.
Je décide de commencer l’explo par l’avant. Cette partie semble taillée à la serpe : elle présente une pente à 45°. A la limite du sol, sous l’etrave, je découvre une petite murene gris-blanc de la taille de mon majeur,
un gaterin, un petit mérou rouge à poids bleu (ménon, je ne suis pas sous l’emprise de substances…. Pisque je vous le dis..), des chirurgiens…
Je continue mon exploration par le coté tribord (la droite par rapport à l’avant pour ceux qui ne savent pas). Morne plaine : rien à voir sauf à explorer le fond et encore.
J’arrive sur l’arrière ; un trou dans les tôles, au niveau de ce qui pourrait être le local barre arrière me permet de voir une jolie murène, curieuse qui s’élève depuis des tôles posées au fond sur une hauteur d’un bon mètre en direction d’un des copains de la palanquée qui l’observe d’en haut.
Et d’ailleurs, vu d’en haut, ça donne quoi ?
Au ras du pont, deux trois ouvertures qui descendent vers la murène (qui s’est barrée, d’ailleurs).
Je plonge dans la cale principale. Astrid filme la plongée, le spot et la palanquée éclatée.
Des poissons se cachent sous la remorque ; un beau poisson soldat d’une trentaine de centimètres, un gaterin aussi gros et des petits.
Nous sommes arrivés trop tard, les carangues sont parties, les loches aussi.
Je refais un tour. Le temps passe.
JC commence à faire le tour des seconds détendeurs pour pomper un peu d’air : avec les recherches, lui comme les autres moniteurs ont consommé quelques bars…
Alors que je suis revenu sur l’arrière, que je shoote la murène (de toute à l’heure) qui est sortie de sa cachette par un chemin connue d’elle seule, au milieu des ferrailles, on vient me chercher : il est temps de remonter.
Mé, JC, je peux t’en donner, moi, de l’air….j’en ai plein…
Ah, toi, c’est les paliers dont tu as plein…
Bon, tu me ramèneras là, hein ?
Retour vers la surface.
8 minutes de palier pendant lesquelles je vois passer la palanquée suivante, des salpes, JC qui se bat avec le bout’ du parachute (va falloir que je vous montre comme c’est bien un spool, les gars).
De retour en surface, c’est redevenu calmasse.
Remontée, désequipement et discussions diverses sur l’origine de la chose.
Pour ma part, je me rappelle de ces barges puisque j’étais là, il y a 30 ans. Elles servaient à décharger les cargos qui étaient au mouillage face à DZAOUDZI et à faire la liaison entre ces navires et le port.
Je pense que la barge devait être au mouillage, sur un coffre dans la rade.
Pour une raison inconnue (mais que les Aff Mar, après recherches dans leurs registres éclairciront), elle a du se décrocher, dériver, frotter la barrière de corail et commencer à faire eau avant de couler. Nous avons eu du bol : un peu plus loin, ben, cela aurait été en bathyscaphe qu’il aurait fallut la faire.
Apres avoir récupéré les 3 palanquées, départ pour les Badamiers, à mi chemin où nous stoppons quelques minutes. Fabrice a apporté du savoir vivre (punch, jus de fruits, gâteaux, juste pour la convivialité et le plaisir (merci, mon collègue))
De retour à quai, déchargement du matériel ; il me faut penser à faire regonfler dare-dare : je plonge demain, enfin tout à l’heure, mais, ça, c’est une autre histoire.
celle là, c'est pour le plaisir
