de BINETTEREUNION » 07 Déc 2008, 13:05
5h10 sonna à mon réveil, et avec mon corps, toutes mes attentes et mon impatience se réveillèrent avec vigueur et réjouissance... Ce jour était enfin arrivé, celui de ma première Point au Sel.
J'avais religieusement préparé mes affaires la veille, pour etre sure qu'aucun oubli ne viendrait entacher ce jour si spécial pour moi. Je rajoute alors mes dernières affaires et me voilà claquant la porte de chez moi en direction de ma nouvelle immersion merveilleuse.
Sur la route, je vois les villes se succéder et se réveiller tout doucement et c'est à coup de ralentis dus aux vélos du Téléthon que je rejoins le port de St-Leu que j'adore. Ce port est si spacieux, avec ses grands caillebotis en bois, ses grands espaces pour se changer et s'équiper, j'adore cet endroit, l'eau y est claire et les poissons viennent meme s'y aventurer.
Fanch est déjà là et bientot arrivent les autres. Après un bon café, nous nous lançons à l'assaut de cette mer cristaline et huileuse, d'un plat sans précédent et d'une couleur veloutée et envoutante. On bascule, se retrouve quelques mètres sous le bateau et l'émerveillement des centaines de poissons déjà présents à la descente remplacera vite la concentration excessive que je mets dans celles-ci. Ils virevoltent, ils font une ronde, ce bleu est magnfiique, l'envie de se coucher sur le dos en plein milieu de ce paysage calme et silencieux est grande, mais je sais qu'aujourd'hui les profondeurs m'appellent et mon corps tout vertical plonge donc vers des sentiers encore inconnus mais excitants !
Nous arrivons très rapidement sur 33m, ces poissons m'ont tellement ennivré la vue que je ne m'étais meme pas rendue compte de la profondeur atteinte. Je rebascule tete en haut et je contemple ce paysage entre pensées songeuses et délectation. Le relief n'est absolument pas comme ailleurs : ici il suffit de rester debout et de faire un 360° entre immensité du large bleu à ma droite et précision du détail et de cette micro vie à ma gauche. Le tombant est d'un vertical vertigineux et exquis où le minuscule d'une étoile insoupçonnée s'allie à la majestuosité d'un superbe thon dans un naturel qui frole l'irréel...
Les poissons perroquet que j'aime tant se multiplient et se ressemblent : toutes les tailles, toutes les nuances se marient ici dans une osmose incomparable. Il se suivent comme s'ils se chassaient, ils sont vraiment surprenants. Des platax sont également au rendez-vous : je regarde furtivement mon ordi, 42,5m et pas l'ombre d'une narcose mais un certain ralentissement je l'avoue... Je tente de capturer tous ces habitants de la Pointe au Sel mais en vain. Je suis sur un mode photo où je ne peux pas zoomer et je ne vais pas assez vite pour les photographier. Finalement, je ne ressens pas l'envie de me faufiler frénétiquement comme à 20m, la lenteur du moment est si jouissive, cette impression de vivre à un autre rythme dans une autre dimension est si omiprésente que les photos pourront bien attendre une prochaine immersion... L'envie de découvrir sans se soucier du reste est mon seul motto.
Mon regard se balance langoureusement entre l'inconnu infini du large et l'émerveillement et la subitlité du détail. Une étoile par ici, un gros thon par là, un perroquet par ici, un bleu fondant dans lequel s'enfonce mon esprit par là. Je regarde alors sous nos palmes, et j'aperçois les bulles de nos autres plongeurs, je les regarde avec gourmandise, l'envie de se laisser glisser est grande tant l'ennivrement doit etre délicieux... Nous avançons lentement mais surement, quelques tours sur moi-meme me déroutent : il y a tellement de choses à voir que je ne sais plus où donner de l'esprit. Je reviendrai c'est certain !
Nous arrivons sur un platier et Fanch me fait signe que je suis "chef". Quelques secondes d'étonnement me laissent pantoise et l'image d'un mouillage se matérialise dans mon esprit embrumé par la voluptueuse verticalité profonde que je viens de quitter puis je lui donne la direction à suivre avant de réaliser que nous n'aurions pas de mouillage au retour. Il a consommé, moi je trimballe mon demi pourmon comme à mon habitude et nous palmons lentement en direction de la zone du point de départ.
Une tortue au loin vole dans ce ballet aquatique fait de vide et de dimensions nouvelles. Nous faisons alors la rencontre d'une murène absolument superbe. Elle est entièrement visible : nul rocher ou niche ne la recouvre vraiment. Fanch m'emprunte l'appareil photo et la mitraille littéralement. C'est alors que Romain (un de nos autres plongeurs) débarque sur la droite. Il me dit de me retourner, et là un superbe thon dessine une demi lune sous nos pupilles mi dilatées mi fixes : si je n'avais pas de masque, je me serais frotée les yeux pour etre sure de ne pas rever. Je secoue Fanch vigoureusement, lui est en plein rendez-vous amoureux avec sa murène et joue du macro de l'appareil pour l'immortaliser. Je le force presque à se retourner pour apercevoir notre thon inattendu.
Il est alors temps de remonter, je lui fais signe, nous entamons la remontée. Nous arrivons vite à 6m bercés par quelques poissons qui cloturent ce ballet d'une clarté obscure et Fanch déploie notre parachute. Je tourne alors autour de celui-ci comme un poisson rouge dans son bocal. Fanch se demande ce qui m'arrive mais comme à mon habitude je peine à trouver ma position pour effectuer les 12mns de pallier qui nous incombent.
Et puis finalement, je me parle à moi-meme pour me calmer et essayer de clore cette immersion irréelle de la plus belle manière qui soit : et là surprise, je trouve une position fort confortable sur le dos, je cale mes mains sous la tete et seuls quelques rares coups de palmes par ci par là me permettent de maintenir ma profondeur. Je me relaxe sans jamais me relacher tout de meme, et tout baigne à ma plus grande suprise. Ma joie est immense, je suis fière de mes progrès et je regarde les autres avec l'impression de maitriser mon corps et mon esprit.
Nous faisons surface après 48mns à 42,5m : jamais un si court moment ne m'aura autant impacté ! J'ai encore du mal à croire que sous mes palmes ondulant délicatement, un tel pays puisse exister ! Je repense alors à cette citation de Krishnamurti que j'aime tant et qui me semble pourtant à cet instant si éloignée de moi : "la vérité est un pays sans chemin" disait-il mais en cet instant, la tete pleine de souvenirs, je me dis qu'en plongeant j'ai clairement trouvé le chemin limpide et empreint d'une évidence sans précédent de la vérité dans ma vie. Chaque immersion est un jalon vers cette vérité de l'existence, de nos etres, de nos origines et de ce qu'il y a de plus naturel en nous. Quand je baigne dans ce bleu sans dimension ni limite, je me retrouve dans mon essence et je vis une renaissance dans ce qu'il y de plus vrai et de plus authentique entourrée de cette vie si riche et si variée... Mon esprit et mon corps ne font plus qu'un avec ce principe de réalité si bien représenté par ce pays bleu qui m'accueille avec tant de générosité et de confiance... Merci à la plongée d'avoir rempli à ce point ce grand vide que nous ressentons tous à notre manière à un moment donné de nos vies quand on a le sentiment d'avoir tout réussi mais que notre fort intérieur nous assure que de bien des quetes sont encore inachevées...
Fanch, je tenais à te dire tout particulièrement combien plonger avec toi me réjouit et combien ta présence à mes cotés peut embellir ces moments déjà exceptionnels. Nous avons vraiment de la chance de t'avoir à nos coté cher binome adoré !
A bientot sur le chemin de mes bulles les plus zen !
Back from nowhere !
N2 and Divemasteuse in English please ! Thank you Milka !