Ce matin, les plongeurs furent accueillis à Argelès-sur-Mer par un ciel d'azur immaculé, un soleil dardant ses premiers rayons d'été (avec un peu d'avance), et une mer belle comme un lac des Camporells.
Une nouvelle saison touristique débute, le bateau de 8h est plein ; direction : le Saint-Lucien, épave coulée au large du Cap Béar. Notre groupe de copains s'est réuni plutôt à l'arrière du bateau, pour discuter de belles plongées et de projets. Sur site, la bouée du Saint-Lucien est déjà occupée, celle du Saumur aussi. Heureusement, il y a aussi celle de l'Astrée ! Changement de programme : on plongera sur l'Astrée.
Je n'ai pris que mon petit appareil photo Nikon automatique, je suis prévenu que la visibilité est très moyenne en ce moment. Comme souvent à la belle saison, lorsque la température de l'eau s'échauffe en surface, celle du fond refroidit, et les deux couches d'eau se mélangent peu.
Mise à l'eau, l'eau est à 19°, il n'y a pas de courant. Nous sommes presque les premiers, deux palanquées de deux officiellement, une palanquée de quatre plongeurs dans les faits ; palme en l'air, descente, à -15m nous rentrons dans un nuage, et nous voilà tranquillement sur le château de l'épave. Brrr, 13° ! Qui c'est qui a coupé le chauffage ?
Nous partons côté bâbord, deux dans la coursive, deux au-dessus. On n'y voit vraiment pas grand chose, pas plus d'un mètre mais je connais assez bien l'épave pour m'y orienter. Les doubles phares de Catherine (pour la vidéo), le phare à 8 leds de Sam, le phare puissant (HID?) de Seb : tout le monde suit. Nous voilà sur le bout de ficelle de la cassure, qui relie le château à la proue. Cela me rappelle l'initiation à la plongée souterraine : suivre la ficelle. On arrive d'abord sur une grande pièce verticale, où deux belles godives oranges se délectent de malheureux hydraires ; mais ce n'est pas encore la proue, la ficelle continue un peu. Et les photos des godives ? Toutes floues !
Voilà la proue, couverte d'un banc de centaines d'anthias. Le « morceau » est incliné, moins que dans mes souvenirs, j'ai l'impression que l'ensemble s'est affaissé. Côté bâbord, une belle ancre est encore en place. On descend jusqu'au sable, la coque est pliée à plusieurs niveaux, on a du mal à imaginer la fière proue d'un navire fendant les eaux. Je ne retrouve pas la belle gorgone jaune et rouge que j'avais aperçue l'an passé ; peut-être est-elle plus en arrière vers la cassure ? Nous sommes à -47m sur la vase, on va remonter sur le pont de la proue, à -41m.
Une belle langouste nous fait un brin de causette. Crrrr ? Ben oui, crrrr !

Nous rejoignons la cassure de la proue par tribord, et longeons la cassure pour repasser à bâbord et retrouver le fil d'ariane. Nous n'avons croisé aucune autre palanquée sur la proue. Nous arrivons à mi-bouteille, façon de parler, 120 bars. Nous revoilà sur le château, nous repassons côté tribord pour tenter de passer dans l'autre coursive. Nous croisons deux autres palanquées au-dessus du château ; les autres hésitent, moi je m'insère entre deux poutres horizontales, me voilà la coursive tribord ; je prends la direction de la poupe, suivi par le reste de la palanquée au-dessus et à ma gauche. Je fais détaler un gros denti, qui sera filmé par Catherine ; je suis rabatteur vidéo ! Nous voilà à l'arrière du château, une grosse ouverture donne sur la salle des machines, assez encombrée de bric et broc. Sam y pénètre, tout en restant à portée de vue (c'est à dire pas bien loin) ; il en ressort rapidement, car le temps passe vite à cette profondeur.
Nous croisons une autre palanquée, conduite par le boss Sylvain, qui me regarde, enlève son détendeur, et me crie : bllll blllb blllblub avec profusion de bulles.
Mais que veut-il donc ? Rien de bien grave car il s'éloigne déjà. Un de mes compagnons porte un doigt à sa tempe pour me signifier sa perplexité. Nous rejoignons le bout sur le château pour entamer la remontée. Nous remontons assez lentement, apprécions le retour à l'eau claire à 19°, et arrivons aux paliers ; 15mn à patienter, à admirer les bulles qui montent du fond. Elles forment un véritable courant ascendant autour du bout, et je préfère m'éloigner un peu. Les autres plongeurs nous rejoignent et forment une jolie grappe.

Différentes positions sont essayées par les plongeurs pour passer le temps... Pieds en l'air, c'est rigolo.
Mais Catherine a aperçu un sujet plus intéressant, un peu à l'écart.

Dans l'eau chargée de particules et de bulles, voilà trois petits poissons à la forme ovale bien caractéristique.

Le troisième est un peu plus bas, je ne veux pas trop m'éloigner pour les avoir tous les trois sur la photo ; je fais deux photos...

Mais ne partez pas tout de suite !

On a encore 5mn de paliers !
Tant pis, on va tourner en rond autour du bout, en chantant dans notre tête ce qui nous plaît ; par exemple la messe en si de Bach. Non, je plaisante, je ne la connais pas par cœur.
Des bulles remontent encore de sous nos palmes, alors que les autres palanquées ont déjà terminé leurs paliers et nous ont abandonnés là, à côté d'un fil.
Voilà encore des bulles, peut-être des bulles retardataires de Sam provenant de la salle des machines ?
Et là... un gros poisson approche ! Mais vraiment très gros :

Il se rapproche en tournant autour de nous, lentement.

Il mesure bien 1,10m de longueur, peut-être 1,20m de hauteur.

Ses nageoires bougent de manière opposée, la haute à gauche, la basse à droite...

Puis la haute à droite, la basse à gauche. Il ouvre la bouche, il doit se nourrir du plancton qui nous entoure. Son gros œil gauche nous observe avec curiosité. Quatre plongeurs l'admirent, les yeux exorbités !
Mais ne descends pas, nous avons encore 3 mn de paliers à faire !

À bientôt, magnifique poisson ! Reviendras-tu nous voir demain ?
Nous terminons bientôt nos paliers, les yeux souriant de cette belle apparition.
Sur le bateau, nous retrouvons un thé chaud, un bon cake, et Sylvain qui nous explique qu'il nous avait demandé sous l'eau si on avait vu un poisson lune !