Les fleurs délicates à peine écloses, le printemps semble prendre fin en avril pour laisser la place à un été précoce... 26° au soleil du Roussillon, mer calme, ce dimanche matin est idéal pour rejoindre l'épave de l'Alice Robert, « bananier » pour les intimes.
C'est par là, où vous voyez les petits points à l'horizon, ce sont des bateaux de pêcheurs à la ligne (pêcheurs du dimanche bien entendu) :

Un petit quart d'heure de trajet nous mène sur site, le GPS c'est magique ; la gueuse est rapidement jetée, le moteur est mis au point mort : nous ne dérivons pas, il n'y a pas de courant. La veille, nous étions aux paliers à l'horizontale sur l'épave de l'Astrée, la météo sous-marine est très changeante.
Nous sommes deux palanquées d'autonomes, sur seulement une dizaine de plongeurs, et nous avons le plaisir de partir en second, mon binôme Jean-Paul et moi, deux paparazzi sous-marins.
L'épave est en bas, au bout du fil !

La première palanquée nous envoie ses bulles, ils pourraient faire attention ! Des milliers de cténophores passent dans le grand bleu, nous aurons le temps de les admirer aux paliers, au retour.
Mais passé 30 m de profondeur, le grand bleu fait place à un gris sale...
Nous voilà sur la tôle, par 39 m de profondeur, quasiment sur le canon de proue ; bravo, Sylvain, un point de plus pour le balancer de gueuse !

Les anthias vermeilles entament un ballet autour de nous. Nous rejoignons la première palanquée à la proue.

Aïe ! Qui c'est qui a donné un coup de palme ? Pas grave, cool, on repart par bâbord en direction de l'arrière. Vous ai-je dit que l'épave est couverte de filets sournois ?

Un pauvre spirographe est passé à travers, mais il est prisonnier d'un filet ; vous me direz que de toute manière il ne serait pas allé bien loin même sans filet !
Nous remontons un peu vers la première tourelle côté bâbord ; un peu plus haut, la visibilité s'améliore un peu. Jean-Paul tourne son phare sabre laser vers un spirographe pour le réchauffer un peu.

Savez-vous si un spirographe peut être ébloui ? Apparemment pas.
Jean-Paul a mis son appareil photo en mode vidéo, peut-être pourra-t-il poster le résultat sur le forum.

Nous arrivons sur l'une des lances à eau encore debout ; sur l'autre côté, certaines ont été couchées par les filets. Quand on voit les dégâts provoqués par ces filets d'une année sur l'autre, on en pleurerait...

C'est que je l'aime, à ma façon, cette belle épave. Je n'en ai retenu que son prénom féminin, Alice.
Malgré ses machines de guerre aujourd'hui inoffensives, l'épave recèle d'innombrables merveilles.
Si les premières fois on plonge pour admirer la structure du « bananier » et ses canons sur tourelles...

… ensuite, on y revient pour observer la beauté des anémones bijoux, qui ont recouvert une grande partie de l'épave.
Un volant d'orientation de ce canon est devenu bouquet flamboyant.

Rapprochons nous un peu...

De milliers de petits soleils roses, jaunes ou verts enchantent nos regards de plongeurs.
Nous changeons de bord, et passons au pied du mât, certainement l'emblème de cette épave.

Des manches à air sont postées de chaque côté du mât.

Par habitude, je jette un coup d'œil à l'intérieur, mais je n'y vois que d'autres anémones éparses, pas de congre habituel.
Nous atteignons l'autre tourelle, dont le canon a disparu. Mais le spectacle des spirographes est bien plus magique que celui d'un canon !

Quelques anémones marguerites concurrences les anémones bijoux pour le titre de miss anémone du bananier. En voilà une mauve...

… et au pied du mât une blanche au cœur orangé.

Rivalisant en charme avec la faune fixée, une godive orange se pavane.

Elle mérite bien un autre cliché de son meilleur profil !

Nous n'irons pas aujourd'hui sur la poupe, ni jusqu'au château recouvert de filets, nous prenons le temps de remonter le long du mât ; de toute manière, la gueuse que nous avions suivie à la descente a dû être déjà remontée.

Nous sommes entourés d'un nuage d'anthias qui nous accompagne jusqu'en haut du mât dans notre ascension. Le mât lui aussi est recouvert d'anciens filets.

Ce n'est pas vraiment une remontée, c'est une promenade verticale !

Nous admirons les anémones qui recouvrent la mât. On ne voit déjà plus le pont du navire.

Le sommet du mât approche, tel la croix d'un crucifix.

Là l'épave révèle ses plus belles merveilles.

Déjà les créatures célestes se montrent, au sommet du mât.

Après dix-huit minutes au fond, nous entamons la remontée réelle en pleine eau, accompagnés par un banc de sardines.

Nous rejoignons notre profondeur de paliers, un peu au-dessus de 6 m. Une autre palanquée nous rejoint rapidement ; la visibilité près de la surface est presque infinie, c'est magique...

J'envoie mon parachute de paliers en surface, perd quelques secondes à essayer de défaire les nœuds du parachute avec le fil qui retient mon caisson photo... Grrr... Bah, je dénouerai cela sur le bateau !
Le spectacle sous-marin n'est pas terminé ; entraînés par une brise sous-marine insensible, des centaines de créatures célestes viennent à notre rencontre.

Légères, elles sont vite emportées et remplacées par d'autres tout aussi étranges ; les cadrer dans l'appareil photo est difficile !

C'est avec regret que je vois les minutes passer ; je fais durer le plaisir, on dira que les quelques minutes de paliers supplémentaires sont sécuritaires !

Bye bye, êtres mystérieux, qui partagez cet univers magnifique avec des plongeurs pas vraiment enchanteurs !
Je vous le disais, j'aime Alice.