Histoire d’essayer

Histoire d’essayer

 

par Patrick Marchand

En 1999, Plongeurs international était encore tout neuf, un soir, un whisky à la main (une rédaction dans laquelle il n’y a pas de whisky n’est pas une rédaction), avec André Ciccodicola, le propriétaire fondateur de Plongeurs, et Francis Leguen, le rédacteur en chef des débuts, qui n’avait pas encore entendu les sirènes du petit écran, je ne sais plus qui le premier lance l’idée des essais comparatifs. La tentative a déjà eu lieu, chez d’autres, on a abandonné devant les menaces des fabricants qui ne gagnent pas toujours de supprimer leur budget publicitaire. Pour André, véritable homme de presse, la seule influence à laquelle un journal doit obéir, c’est celle des lecteurs. Tout le monde est d’accord, des essais comparatifs sont utiles aux plongeurs et donc à nos lecteurs, alors sous réserve d’être irréprochable dans la méthode et parfaitement objectif, nous allons tenter l’aventure. On ne reviendra pas sur les pressions, il y en aura en permanence à partir de cette date. Mais le principe d’André était bon, les lecteurs y trouvent leur compte, ils suivront nos conseils. Et dès lors, toute velléité d’une marque de nous menacer se retournera contre elle.

1999, On essuie les plâtres !

Pour notre premier dossier, direction la Méditerranée, avec un seul sujet sous le bras, les détendeurs. Premières tentatives, on prend des vacanciers sur place, galère galère. La plupart d’entre eux ne résistent pas à l’attrait d’une Girèle au détriment du travaille que nous leur demandons, normal. Il faudra, à l‘avenir, une carotte pour motiver les troupes :le voyage. Dans la foulée, nous décidons de produire le premier comparatif d’ordinateurs de plongée. Ignorant, il faut bien essuyer les plâtres, nous choisissons de tout faire in situ. Les ordinateurs descendront par grappe, fixés sur des tubes en plastiques. Au palier, des pendeurs permettront aux plongeurs de renvoyer vers la surface les calculateurs qui ont fini leur décompression. Ficelle emmêlée, plongeurs qui font des ronds de bulles et oublient les ordis, on recommence, pas facile. Pour ma part, retenu à Paris, je suis obligé d’annuler le week end au dernier moment, Yann Bernardeau, aujourd’hui collaborateur de Beuchat et qui travaillait alors avec moi, me propose de me remplacer, va pour Yann, Jean Cassou à la photo et une poignée de locaux pour essayer. C’est le week-end de sortie du Titanic de Cameron et ma fille de 11 ans à l’époque veut évidemment aller le voir. Dimanche après-midi, du côté de Montparnasse, nous sommes dans la file d’attente et les testeurs doivent être à l’eau. Mon portable sonne et dans un langage militaire, j’entends Jean Cassou, gendarme à ses heures quand il n’est pas photographe, qui me fait un compte-rendu laconique :
« on a eu un accident, Yann est au caisson, mais tout va bien, on a les images et les notes, je te rappelle. Clic. » Yann au caisson ! A ma place. Je pense que je vais devoir appeler sa femme, je me vois déjà faire des cadeaux aux enfants à Noël dans l’espoir de me faire pardonner l’infirmité de leur papa, je le sais depuis l’enfance, nous rêvons tous d’une grande catastrophe qui nous permettrait de nous élever à la hauteur de nos héros. Ma fille trouve déjà Di Caprio très beau sur les affiches, pop-corn, le film, Céline, on pleure à la fin. Moi je retournerai le voir plus tard. Parce que ce jours-là, trop préoccupé par ce qui se passe dans le sud,  je ne  me souviens pas du scénario, pas même des images sublimes filmées à plus de 4000 mètres de fond. Finalement Yann sortira indemne le lendemain, merci Docteur. L’eau était froide, Yann a remplacé sons vêtement sec, en toile, par un plus chaud en Néoprène, il flotte beaucoup plus. À la fin de la plongée, mal lesté, bouteilles presque vides, il ne pouvait plus tenir son palier. On a eu chaud, on ne recommencera plus. Pour illustrer l’affichage en plongée, il y avait des photos macro des écrans. Posés sur le fond, les calculateurs sont un peu recouverts de sable, j’aime bien, on devrait reprendre l’idée.
L’expérience est néanmoins concluante quant à l’intérêt du principe, alors pour l’an 2000, nous allons nous offrir notre première campagne de test.

2000, toujours des plâtres, mais plus loin!

Nous prévoyions 10 testeurs mais pour diverses raisons, nous partirons avec 9 plongeurs de Paris. Aux innocents les mains pleines, je suis seul pour assurer les essais et les photos, je ne sais pas encore à quel point ce sera sport. Aquarev est séduit par le projet et décide de sponsoriser la campagne, Seafari Safaga est en train d’ouvrir, c’est l’occasion de lancer le centre, direction Safaga. Hôtel Ménaville, bonjour Monsieur Patrick, vous avez les plus belles chambres de l’Hôtel. Merci. Ceux qui connaissent le Ménaville le savent, les plus belles chambres sont dans le bâtiment 800, tout au fond du parc, tout au bout de la plage. Je courrais beaucoup, à l’époque, chaque matin il me faut 6 minutes de Jogging pour aller de ma chambre à l’entrée du domaine, autant dire que tous les jours, avec notre matériel qui ne peut rester à bord du bateau, nous nous transformons en sherpa. 400 kilos le matin, 400 kilos le soir, une vraie galère, mais les chambres sont belles. La vraie difficulté, c’est que nous sommes les tout premiers clients du centre qui est très beau, lui aussi. Et très propre. Et pour cause : le matériel n’est pas encore arrivé, chaque matin les blocs viendront de chez Jean Hénon à Hurghada, galère galère. Et puis le tenancier ne connaît pas encore les sites, ni ses équipages, ni son bateau. Dire que ce sont les plus belles plongées de ma vie seraient pour le moins exagéré, mais il est vrai que nous ne sommes pas en vacances et comme le prouve régulièrement mon confrère Steven Weinberg dans sa rubrique Ecolo mio, les plongées sur le sable peuvent aussi être intéressantes. Le pompon de l’an 2000 restera à porter au crédit de Géraldine et de Frédéric. Nous testons des appareils photo, nous sommes sur un tombant de panorama reef. Je me mets à l’eau pour faire quelques images, je me balade entre 30 et 40 quand j’aperçois des bulles beaucoup plus bas. Je récupére mes deux gugusses (c’est quoi le féminin de gugusse) à 61 mètres, gloups. Ils ont suivi une tortue, bah voyons. Sermon, menace, on reste à l’ombre et non il n’y aura pas d’apéro ce soir. Accessoirement, sur la boîte de l’appareil photo, il y avait marqué en jaune « étanche à 30 mètres ». Il n’a pas pris l’eau. La marque sur demande par mail.

2001, le vraie genèse,  la naissance des canards!
2001 restera la campagne d’anthologie. Notre sponsor, reconduit, veut communiquer sur le Novotel de Dahab, il est superbe, va pour Dahab. On a recruté nos 10 testeurs, la plupart ne se connaissent pas entre eux et pour la première fois l’osmose va se faire. On a commencé à roder les principes techniques de l’organisation des bancs d’essais. Jean Cassou assure la photo, il sait ce qu’il a à faire et me libère beaucoup. Deux  des essayeurs, Gérard, qui va devenir mon second, et Pascale, sont habitués à gérer des sorties clubs et vont beaucoup me soulager pour l’organisation des plongées, je peux donc me consacrer un peu plus à mon rôle de GO. Le groupe se soude, le travail accompli est exemplaire et l’ambiance fabuleuse. Mais le premier Hic arrive à Charles De Gaulle au moment d’embarquer. Par une suite d’erreur dans le style loi de Murphy, l’agence a émis des billets pour Hurghada et pas pour Sharm. Pour aller à Dahab, il faut aller à Sharm, comme chacun sait. 700 Kg de matériel, 1 heure du matin, Urghada. La douane, le pick-up. Comble de malheur, le seul hôtel disponible dans le coin, c’est le … ménaville à Safaga, 3heures du matin, bonjour Monsieur Patrick, oui je sais, j’ai les plus belles chambres, je connais, bâtiment 800, 800 mètres à pied avec les sacs, il est 4 heure du matin, on plonge à 9 heure, pas de problème. Jolies plongées, fin de journée, on referme les sacs, trempés évidemment, dîner, réveil à 1 heure du matin, 700 kilos, 800 mètres, on commence à s’habituer, pick Up, Hurghada.  4 heure du matin: la liaison en Speed boat entre Urghada et Sharm est une sorte de manège pour adulte, façon Space Montain™, les sacs à passer un par un dans le détecteur à emmerdements, on perd son sens de l’humour. 7 heure du matin, Sharm, 7OO kilos à passer dans le détecteur jumeau du premier, des fois qu’en route on aurait pris une bombe clandestine. Il est vrai que peu de temps auparavant, un sommet international a mis à la mode les portiques de détection, ça fait moderne. Et riche. Le bus, climatisé, bien, 2 heures de route, 9H30, Dahab, enfin. Je me souviens de la question de Gilles : on est parti depuis combien de temps ? 36 heures pourquoi ? Parce que je me suis rasé 4 fois, je ne comprends pas.
Une fois sur place, le paradis, Ehab  Tomoum, médecin Egyptien reconvertit dans la gestion hôtelière, la plage, le petit bateau rien que pour nous, le bar ouvert, et les animations.
Ah! les animations. Nous sommes invités, on me demande de participer à un spectacle, comment refuser ? Et puis il y a longtemps, chez les bronzés, j’ai déjà pratiqué le spectacle amateur avec plume, strass et chanson grandiloquente en play-back, façon Mac Arthur parc. Aussi sec, les amis se mobilisent, on ne connaît pas le sketch mais Valérie, Guillaume et Fred en seront, on ne dira pas que j’ai été abandonné dans l’adversité par des troupes peu reconnaissantes. Le spectacle est ridicule. On recommence la même scène 10 fois, une fois plus lentement, une fois plus glamour, une fois plus rapide, une fois plus violente… Catastrophe ! Le metteur en scène local, qui est aussi acteur, prend son rôle au sérieux et commence à rouer Guillaume de coup de manche à balais. Le père tranquille se rebiffe, et c’est pas Audiard qui fait les dialogues. Le pugila ne s’achève que lorsque le metteur en scène est immobilisé sur le plancher de la scène par un Guillaume habillé en mégère, un Fred en gros bébé, 1m85 et une couche culotte à base de draps de bain, une Valérie en infirmière genre film de l’antépénultième lettre de l’alphabet et moi-même en médecin de campagne…égyptienne. Je paye cash pour la destruction des preuves vidéo. N’empêche, un travail exemplaire et pas un testeur qui n’ait pourtant eu le sentiment d’être en vacances. Fred fête son anniversaire pendant le séjour, on demande au cuisto de nous trouver un gâteau étanche. Essayez ! Le chocolat noir, pur, moulé dans un moule à tarte, ça fait illusion jusqu’au moment où, sous l’eau, on sort le gâteau. Couteau, rien à faire, on essaye le coté dentelé, on prend la version en titane, celle en céramique, rien à faire ! Au contact de l’eau fraîche, le « gâteau » est devenu un bloc genre béton bien dosé. On finira en croquant directement dans l’étouffe chrétien, assis en rond dans une petite flaque de sable blanc au milieu du corail, nettoyez vos détendeurs s’il vous plait. Et saluez, les amis. Le lendemain, plongée en 4×4, spécialité de Dahab, on part dans le désert le long de la cote, plongées tranquilles, bivouac-détente, au retour, une halte est prévue dans une oasis, promenade de touriste par excellence, on s’arrête, on boit le thé (le même qu’à Paris dans un bar pas trop chic, genre éléphant jaune), deux militaires Egyptiens sont assis à l’ombre d’un bouquet de palmiers, tourné vers la mer, c’est à dire vers l’Arabie Saoudite, le danger ne peut pas venir de là. La chemise ouverte, le nez au vent, la Kalach à coté, debout le long de l’arbre. Sans explication, Jean Cassou, qui est aussi gendarme dans le civil quand il n’est pas photographe, et qui connaît donc le maniement des armes, s’empare in péto d’une Kalach, éjecte le chargeur, ouvre la culasse pour vérifier que la chambre est vide et épaule le fusil d’assaut direction la mer rouge et par conséquent l’Arabie saoudite. Si vous n’avez pas vu la scène, vous ne savez pas ce qu’est un militaire Egyptien décontenancé, hésitant entre le devoir et le courage. Un Français barbu qui vole une Kalach pour menacer le pays frère, le scénario ne doit pas faire partie de la formation commune des troufions Sinaïtes. Le Jeannot a l’air goguenard du sale môme qui vient de siffler le reste du verre de champagne de sa grande sœur, heureusement ! Si le deuxième avait pris la menace au sérieux…Et puis il y aura le dernier jour, le canyon coloré dans des conditions exceptionnelles, course de 4×4 dans le désert, qui a dit que c’était le bagne. Guillaume, que j’appelle Canard dans le civil, fera entrée ce sobriquet dans l’histoire des tests en m’appelant pendant la campagne « chef canard », soit, après lui, tous les testeurs seront des Canards. Et puis Fred et Hélène se rencontrent, en 2004 en fêtera le premier bébé issu des tests de matériel et pourtant conçu sans aucune aide, ni technique, ni scientifique. Fin du rêve, Paris, les roses, finalement, il continuera longtemps après que les roses soient fanées, le rêve.

2002, Tsunami sur Shark point!
2002 s’annonçait calme. On recrute au dernier moment, difficultés à trouver un vol et changement de sponsor, merci Osman Ersen et Blue Lagoon, à 8 jours de la date théorique, enfin, on confirme le départ pour Sharm el sheik. Bel hôtel, vin du Nil à tous les repas, le propriétaire de l’hôtel, homme d’affaire Cairo, est là dans son appartement privé, thé sur la terrasse qui surplombe Sharm, on fume une pipe à eau. Le bateau est accueillant, le matériel peut rester à bord le soir, finit les galères des débuts. Pour venir à bout des tests, il nous faut au moins 12 plongées, deuxième jours, minibus direction la marina de sharm. Je n’avais jamais entendu ce mot : assefa. Les Arabes disent que quand la mer a trop d’eau, elle en rejette un peu. Moins poétique, nous appelons cela un raz-de-marée. À 6 heures du matin, une série de vagues énormes est tombée sur Sharm, pontons d’hôtels détruit, ponton de la marina détruit, y compris les pompes à carburant qui ont arraché leurs tuyaux d’alimentation. Les bateaux qui n’ont pas pris le large à la première vague ont été arrachés du ponton ou de leur mouillage une demi-heure après. Il y a 6 bateaux coulés dans la marina, et coulé est un terme élégant pour ceux qui sont tout simplement broyés après avoir été soulevé par la vague avant de retomber sur le ponton. Où est notre bateau ? qui contient aussi tout notre matériel de test. Après une heure d’attente, on apprend qu’il a pu prendre le large à temps et qu’il vient de se mettre au mouillage dans l’ancienne marina devenue depuis une petite baie touristique avec plage et parasols. Le gouverneur de la région a pris un arrêté, sortie des bateaux interdites pendant 48 heures au moins, accès au ponton impossible pour beaucoup plus longtemps, ce qui en reste pouvant s’avérer dangereux pour le public. Catastrophe, sans ces deux jours de plongée, nous ne ramenons rien à Paris. Pas un dossier à publier, rien. Le hasard sourit aux plongeurs comme aux audacieux, et à ceux qui se souviennent de leurs amis. J’appelle Dahab: Docteur Ehab Tomoum ? Ehab El Kebir oui ! nous parvenons à trouver un accord avec le Novotel de Dahab qui accepte de nous accueillir pour une journée de plongée salvatrice. Finalement, peut être que le spectacle de l’an dernier a laissé une bonne impression. Mais il faut décharger le bateau, 750 kilos en petites caisses, il y a plus de 500 bateaux de toutes sortes réfugiées dans la baie, dans un entremêlât d’amarres et de ligne de mouillage, le notre est intact, mais il est loin, nous devrons passer à bras d’homme toutes ces caisses par plus de 25 bateaux successifs pour tout charger dans un bus, 2 heures de route, Dahab, le Novotel, décharger les caisses, un parfum de déjà-vu. Je retournerai à Dahab avec un bagage record de 11 kilos pour me prouver que la destination n’est pas maudite. En fin de semaine, le gouverneur a décidé de rouvrir la marina, les conditions d’embarquement sont un peu rock and roll, mais à cœur vaillant, rien d’impossible. Direction le  détroit de Tyran, coté Sinaï, j’ai besoin d’un fond de sable, 20 mètres, pour étaler la grappe de 10 blocs reliés ensembles par un bout pour nos essais de détendeur. Hasard des envies du capitaine ou barrière de la langue, le site retenu est un tombant corallien, quasi vertical. On s’adapte, on dispose les blocs sans rien casser, façon échafaudage avant travaux dans un magasin de porcelaine. Le bateau est mouillé sur une petite patate de corail entouré d’une chaîne qui sert de mouillage fixe. Les testeurs sont à l’eau, arrive un gros bateaux de croisière, 30 mètres, deux fois 400 CV qui entreprend de se mettre à couple malgré les cris de notre capitaine. Une fois amarré, décidant que le tombant est sans doute trop loin pour ses pinpins, le capitaine du nouveau venu fait machine arrière de ses deux Caterpillar V8, on s’agite, on court, deux minutes, l’amarre mollit, au fond, les testeurs qui sont sur les blocs voient passer une ombre, lèvent la tête et voient arriver 5 tonnes de corail. La patate n’a pas résisté aux moteurs, elle s’est rompue. Poussés par le courant, les deux bateaux sont partis à la dérive, le corail pendant au bout de la chaîne. Jennifer et Christine ont à peine le temps de se jeter en arrière, palmant comme des folles pour ne pas recevoir le massif coloré sur la tête, pourtant sans même se concerter, ensemble elles ont remarqué que le corail va retomber sur les bouteilles, elles enroulent le bout de liaison, et, tout en palmant, gonflent leur gilet pour sauver le matériel, j’adore mes testeuses, et ces deux là, si j’avais un petit frère, je le leur confirais volontiers. Merci. Le dernier jour, en route pour l’aéroport, je demande les vouchers à Véronique, les bancs d’essais prenant de l’ampleur, j’ai même une assistante de charme. C’est toi qui les as, une minute pour comprendre : les vouchers de l’aller étaient des vouchers aller et retour, ils sont à la poubelle depuis une semaine. Plus de billets. Coup de fil à Ahmed, je te rappelle. Rappel : en arrivant tu verras un grand maigre au comptoir avec des lunettes et un nœud papillons, c’est mon cousin, tu dis que tu es Patrick. Grand, maigre, nœud papillon, je suis Patrick, 14 cartes d’embarquement, bon voyage, j’adore l’Egypte.

2003, l’age de raison, le temps pour les passions!
2003 sera finalement l’année calme, sans galère. Jean Cassou est à nouveau au déclencheur après avoir laissé sa place à George Antoni pendant un an, Gérard Duc, l’ancien testeur, attaque sa première campagne à l’organisation, je respire, si l’on n’était pas passé à 7 dossiers à réaliser en une semaine, je pourrais presque m’ennuyer. Le Ghani en croisière Nord, nos sponsors sont désormais Seafari et Dune, conjointement. Les épaves, superbes comme d’habitude, l’eau est claire, pas trop de bateaux sur les sites, une équipe de rêve, encore, une ambiance extraordinaire, un travail fantastique. Il y aura Nicolas, le soudeur breton et André le mathématicien belge passionné par Sade, 30 ans d’écart, que tout oppose et qui seront les meilleurs potes du monde, il y aura Catherine, mascotte involontaire parce qu’elle n’a apporté que le superflu, rien d’essentiel. Quelqu’un a vu ma serviette, Catherine est dedans, ou est ma polaire, les soirées sont fraîches, Catherine est dedans, ou est mon binôme, c’est qui, c’est Catherine, tu sais ou est le hamac, oui, Catherine est dedans. Toute la semaine nous chercherons une lampe Beuchat QXL4 qui fait partie du matériel à tester. Chaque matin, chaque midi, chaque soir, je repose la question à table. La QXL4 semble bel et bien perdue, Jeudi midi, je passe devant la porte de la cabine de Catherine et je vois la QXL sur son lit, je la récupère, enfin, 10 minutes après, sur le pont alors que tout le monde est prêt à plonger, question de Catherine : personne n’a vu la petite lampe verte ? Que voulez vous, elle aime lire et sa camarade de cabine se couche tôt. Néanmoins, un avis éclairé sur les produits, une opinion toujours cohérente, encore une belle campagne. Les testeurs avaient remarqué que la Saint Patrick tombait pendant la semaine et ils avaient fait le nécessaire, à croire qu’ils étaient tous irlandais. Je ne sais plus si on avait publié la photo des essais de sacs. Sur le pont du bateau, les garçons avaient partagé les sacs en deux catégories, ceux dans lesquels on pouvait promener Séverinne et les autres. Et puis Jackie qui perd son billet, je n’abandonne pas mes testeurs et mes testeuses encore moins, un projet, le Grand Resort à hurghada en attendant qu’on règle le problème, mais c’est l’Egypte, le grand maigre n’a ni lunettes ni nœud papillons, mais une carte d’embarquement sort miraculeusement de derrière le comptoir. J’adore l’Egypte. Dommage pour le Grand Resort. J’y reviendrai.

2004, l’année des excès ?
Campagne 2004. Nous n’avons jamais été aussi lourds ni aussi volumineux. On frise la tonne, Christoph Gerick est passé au déclencheur, il ne plonge qu’avec un assistant et 4 caissons, c’est à dire 8 flash, plus les flashs de studio pour les photos sur le bateau, la caisse à outil et le reste. Lourd. Et puis en marge des essais classiques, nous allons faire découvrir le recycleur à tous les testeurs, 2 Dolphin, 1 Ray, de chez Dräger, plus 5 bouteilles, 20 kilos de chaux sodée, le matériel de transfert pour le nitrox, tout va bien. Enfin presque. Le bon coté : Airmaster, affréteur de plusieurs compagnies charter, nous aide depuis le début. Le moins bon : le hasard nous a mis sur un MD 80. Ca ressemble un peu à un avion, mais en plus petit, soutes minuscules, poids au décollage réduit. Malgré la bonne volonté de tous, les bagages ne rentrent pas, ce n’est plus une question de poids, mais de volume, la soute est simplement trop petite.  A 15 minutes du départ, il est plus de 23h00, nous ne partons pas. Lionel Drozd, le chef d’escale d’Airmasters à Paris prend le taureau par les cornes. Vous en connaissez, vous, des chefs d’escales qui partent ramper dans les soutes pour ranger les valises, moi j’en connais un, celui-là. La tonne rentre miraculeusement dans le ventre du piaf, le reste sera facile. Le Nemo appareille d’Hamata, loin au sud, pour rester une semaine dans les parages de Saint John Reef. Hormis la météo un peu capricieuse, la campagne est calme. Les notes rentrent, vite, Gérard organise tout, les distributions de matériel, les retours, plus compliqués, nous récolterons plus de 6000 notes en une semaine sans que personne ne s’en rende compte. Les testeurs qui ne l’ont pas passent leur qualification Nitrox à temps perdu, on plonge trois fois par jours, à chaque plongée je baptise un des testeurs au recycleur, la vie est belle. Jamais je n’ai eu une table comme celle du Nemo en croisière en Egypte, exemplaire. Le jeudi soir, nous nous retrouvons au mouillage à coté du Ramadan 3 qui appartient aussi à Dune, je sais qu’à bord il y a un confrère et néanmoins ami, un petit coup d’annexe, l’été j’irais volontiers à la nage, mais pas au mois de Mars, permission de monter à bord, c’est l’heure de l’apéro, je fais semblant de m’en étonner, oui merci, on refait le monde 5 minutes, cacahuètes et saucisson, les passagers de ce bateau sont prévoyant, au loin on crie. Sur le Nemo, deux ou trois personnes, non identifiables de loin, s’agitent, gesticulent. Un autre saute sur le pneumatique, puis deux, on vient. Doctor, doctor, je n’aime pas le mot malgré mon respect pour la fonction, quand on le crie, c’est que les soucis sont déjà en marche. Par le plus grand des hasards, un médecin fait partie du groupe du Ramadan, nous montons à bord de l’annexe, retour rapide au Nemo. Le dernier testeur à baptiser est notre représentant Hélvète, Paolo, jovial, bon vivant, heureux par nature. Alain Surina lui a proposé un baptême de recycleur entre chien et loup, la plus belle heure comme chacun sait. 15 mètres, la faune nocturne se réveille, l’autre commence à chercher son lit, les contres jours sur la surface deviennent dorés, Paolo est heureux. Enfin le monde du silence, véritable avantage du recycleur, et puis l’air que l’on respire est chaud, les amis ne sont pas loin, Paolo sourit. Erreur. Ses lèvres se décollent de l’embout et malgré nos briefings quotidiens, malgré sa formation, il laisse entrer de l’eau dans les tuyaux annelé du Dolphin. A la première inspiration, il ne se passe rien. Seul un plongeur possédant une très solide expérience de la plongée en circuit semi-fermé se rendrait compte que l’inspiration est devenue un peu plus dure, l’eau envahit la cartouche de chaux sodée, je ne suis pas chimiste mais le mélange des deux donne un truc qui ressemble à de la soude caustique, du débouche évier pour faire simple. Et à la deuxième inspiration, c’est le mélange corrosif qui envahit les voies aériennes supérieures, et un peu les poumons aussi, d’un Paolo qui n’a pas oublié que respirer dans un recycleur, c’est se laisser aller à des inspirations lentes et  profondes. Quelle que soit l’expérience du plongeur, c’est l’homme qui ne peut pas contrôler la brûlure du liquide jaunâtre. La gorge explose, les poumons brûlent, les lèvres aussi, le goût est abominable, la suffocation immédiate. J’ai déjà vu plusieurs cas quand j’avais les cheveux courts et que je plongeais en vert kaki, même une brute décérébrée par 10 ans d’entraînement commando ne peut pas résister. Alain était là, heureusement. Il récupère un Paolo qui ne pense plus qu’à une chose, mais pense-t-il vraiment, trouver la surface et de l’air pur. Sauvetage dans les règles, de temps en temps il est bon pour un moniteur de vérifier que ce qui est écrit dans les livres et qu’il professe lui-même au quotidien  fonctionne vraiment quand on en a besoin. Je retrouve mon testeur désormais martyre allongé sur le dos, on lui a déjà donné de l’oxygène, bonne idée, les poumons réclament un peu de repos, on va les aider. Surveiller les pupilles, restez vigilant à une éventuelle détresse respiratoire, on fera le point après dîner. Merci Docteur. Finalement, Paolo replongera le lendemain, sans recycleur cette fois-ci, en revanche, il devra se priver des plaisirs de la table pendant deux ou trois jours, le goût manque en général aux consommateurs de produits corrosifs. Dommage, le dernier repas servi sur le Nemo est une dinde rôtie, au milieu de rien, à la fraîcheur d’une nuit de Mars en mer rouge, des coup à vous donner envie d’avoir de la compagnie.  Puisqu’il n’y a plus de vin, passez-moi la bouteille de Rhum. Le retour sera épique et superbe à la fois, le soir qui précède le retour vers Hurghada, un message laconique de Dune, avion retardé demain à 23H30, soirée prévue chez Léa. Léa est la fille de Gérard Besse, le propriétaire de Dune et du Nemo. Jolie femme, jolie maison, jolie table…jolie soirée en perspective. Hamata-Safaga, le désert en bus, climatisé pour une fois, petit arrêt à Safaga, souvenirs, boissons fraîches, promesses pour l’an prochain, Hurghada, la maison de Léa, accueillante, le vin est bon, l’heure tourne, on embrasse les ami(e)s, aéroport, surprise. Vous êtes qui ? nous déclinons notre identité et on prend une engueulade dans la foulée, mine indignée du chef d’escale, on n’a pas idée de voyager quand on n’a pas de montre, l’avion est bien partie à 18h00, comme prévue et il manquait 14 égarés à bord: nous. Le prochain ? bah la semaine prochaine, joies des vols charters, on fait l’aller et le retour sans modification possible et chaque compagnie ne vole qu’une fois par semaine sur une destination donnée. 3 heures d’attente, coup de fil, on mobilise Hurghada, chef d’escale, Valérie, responsable des transferts de Dune, Léa nous rejoint aussi, je savais qu’il y a toujours un bon coté aux problèmes, on prendra un thé de plus en attendant le miracle qui finalement se produit. 3 heures du matin, un avion supplémentaire vient d’être mis en place, il reste 15 pax à bord, on pourrait même inviter quelqu’un. J’ai bien une idée, mais les meilleures choses ont une fin. Le fait que nous soyons arrivés à Orly au lieu de Roissy, que ce soit le Dimanche et pas le Samedi, que ceux qui avaient des transferts les avaient pris de Roissy bien sûr, comme ceux qui avaient abandonné leur voiture dans les parkings longue durée, n’est pas si grave, nous sommes revenus. Pardon à Véronique de lui avoir fait rater sa compétition de golf (amateur), heureusement, pour les autres, c’était moins grave. Emilie devait seulement assurer la permanence électorale d’un bureau de vote de Nime, Stephan n’était que commandant de bord sur un vol moyen courrier belge le jours même, Paolo n’avait qu’une importante commande à livrer depuis son imprimerie, 3 autres avaient juste une correspondance non échangeable pour rentrer chez eux. Moi je devais dire adieu à mon frère, je passerai le reste de ma vie à me demander s’il a pardonné mon absence. Et alors, le 18 n’attend pas, lui. Je n’aime pas les derby’s à crampons.

2005, les plus belles plongées
2005 s’annonçait mal. On ne parlait pas encore de crise mais peut être que 2004 ayant été particulièrement lourd, nous avions commencé à user les patiences, comme on dit chez le maître. Toujours est-il que 24 heures avant le départ, je ne sais pas encore si le transporteur acceptera mes 850 kilos de bagages, c’est à dire, pour faire simple, combien il va me les faire payer. Une de mes testeuses, Alexandra, s’est cassé le genoux au ski, on n’a pas idée de skier, la neige, c’est de l’eau qui a eu froid ce qui n’est pas un état enviable, à quelque chose toujours malheur est bon, et Stéphanie va la remplacer ce qui me donnera le plaisir de partager quelques soirées avec ma seule testeuse à avoir, comme moi, vécu un morceau important de sa vie à Dumont D’Urville en Terre Adélie, c’est pas tout les jours qu’on peut parler de l’art de faire circuler l’eau douce dans la saumure chaude, croyez moi. Je me faisait un plaisir d’embarquer Sylvère comme représentant de la catégorie « retraité », à 4 jours du départ, son médecin lui annonce une para-phlébite, Yvon le remplace au pied levé, faut bien que la retraite serve à quelque chose. Gérard est désormais un pilier, Christoph va nous offrir une des meilleurs moissons d’images qui se puisse imaginer. Bien sur il y a eu quelques soucis pour quitter Paris, passer 850 kilos sous le nez d’une compagnie aérienne qui prend de plus en plus souvent les voyageurs pour des pigeons n’est pas si simple, on palabre avec un superviseur de compagnie qui vous regarde avec un sourire en coin qui dit « regarde moi bien parce que quoi qu’il arrive je vais vous plumer », mais ensuite! L’accueil à Hurghada me fait penser aux grandes heures des gentils organisateurs du club med de la belle époque, Léa nous accueille une fois de plus, un petit arrêt à Safaga pour faire les courses, on oublie notre photographe qui n’aura qu’à courir quelques centaines de mètres pour que le chauffeur le voit dans le rétro, ouverture des portes, Facebook n’avait pas encore popularisé la formule mdr. Le voyage vers Hamata est un régal malgré les 6 heures de bus, sur le quai, tout le monde est là, le Ghani va devenir notre maison. Pour une fois la mer est belle ce qui nous permet d’embarquer au sec sur le bateau. 5 jours de plongées parfaites, et aux innocents les mains pleines, Mantas, requins de toutes sortes, bancs de thons et de Baracudas, des perroquets à bosse, dans une eau limpide comme il n’est pas si facile d’en trouver en Mars, même à Saint John Reef, les dieux des essais nous accompagnent. Bien sur, Mercredi, alors que la mer est forte, c’est le matin, Léa et moi prenons un café sur le pont supérieur alors que les testeurs sont à l’eau, nous tournons la tête ensemble, un petit bruit, là bas, au loin, de l’autre coté du récif, du coté au vent, le Zodiac s’est arrêté pour récupérer une palanquée visiblement partie du mauvais coté,  une vague salope, comme on dit chez moi, attrape le Zodiac par un boudin, et le retourne comme une crêpe – ça aussi ça vient de chez moi – sur le dessus du platier. 2 marins et trois testeurs à l’eau, dans des rouleaux vraiment impressionnants qui viennent mourir sur le corail. Tout le monde traversera le récif en surf dans les déferlantes, et alors, ça s’est bien finit non ? Je ne sais toujours pas comment aucun membre de cette équipée n’a finit déchiqueté, on se contentera de les ramasser en vrac, de remettre le Zod à l’endroit, d’ouvrir rapidement le moteur, c’est solide un Yam enduro. Le groupe est magique, tellement complémentaire, tellement complice et tellement chanceux, à moins que ce ne soit ça le talent, attraper sa chance quand elle passe. A chaque sortie de l’eau, les regards sont allumés, le palier de trois mètres n’avait rien d’obligatoire, mais quand une manta vous aide à le tenir, quand les requins vous ont guidé pendant toute la plongée, quand les tortues se sont montrées, tout ça en 45 minutes, il faut du talent pour ressortir de l’eau en ayant pris le temps de regarder ses trois ordinateurs, en ayant pensé à réfléchir à son détendeur et à son gilet. Qui expliquera à Carlos qui fait son premier voyage en mer chaude qu’il faut 10 ans à certain pour voir tout ça, le risque étant de s’habituer, peut être un autre testeur, mais plutôt Alain, notre guide et ses quelques milliers de plongées en Egypte et qui pourtant, lui aussi, a les yeux qui brillent. En plus de 60 séjours en mer rouge, je n’ai jamais connu une telle abondance de « gros ». On essaye aussi des appareils photos et c’est un concours permanent, qui a la plus belle Manta, et le requin le plus prés, 5 pour la qualité du bracelet et 4 pour l’efficacité de mes palmes, les poissons clowns tapaient dans l’objectif, 3 pour le confort en bouche, un peu de rosette avec ton Margaux ? Tout se mélange. Katell qui nous raconte ses plongées à plus de 4000 mètres sur les souffleurs noirs, elle fera partie de l’équipe dans quelques années, d’ici là, j’en révérai souvent de ces descentes sur les souffleurs du pacifique, Cindy, dont je ne réalise qu’en fin de séjours que les chocolat qu’elle a apporté de Suisse, parmi les plus réputés au monde, ce sont les siens. Le nom, finement gravé sur la ganache merveilleuse, c’est le sien, je n’avais pas fait le rapprochement. Il y aura les maillots et les robes des filles, 15 plongées dans la semaine, et pas deux fois le même maillot pour Cindy et Maï, et une robe pour chaque soir, au milieu de rien, j’en connais un ou deux qui mettrons longtemps à en revenir de cette campagne. D’ailleurs lorsque quelques mois plus tard l’un d’entre eux lancera l’idée d’une croisière pour se faire plaisir, payante cette fois, on affichera un 7 sur 10 étonnant. Après cette campagne, j’ai voulu ajouter un nouveau critère de notation, le facteur plaisir. On aurait pu diviser les points par les minutes heureuses.Mais on serait passé en dessous de zéro.
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