Vis : les aventuriers des tôles perdues

 

Il est des endroits où les fondus d’épaves, tels des enfants devant les étals d’une confiserie, ne savent où donner de la tête. Au beau milieu de l’Adriatique, l’île de Vis fait partie de ces édens croates pour fans de tôle. Zoom sur cinq de ses joyaux sous-marins… 

Texte Florent M. Locatelli, photos de Drazen Goricki

 

Aller sur l’île de Vis est facile. Moins de 2 h d’avion depuis Paris, et nous voilà déjà à l’aéroport, où nous avons rendez-vous avec un groupe d’amis croates et serbes. Il fait beau et chaud avec un parfum d’été et de vacances. Nous embarquons, hommes et fourgonnettes, dans le bateau pour 2 h 30 de croisière. C’est suffisant pour donner l’impression d’aller très loin tout en restant très proche. Une fois sur place, hors saison, le dépaysement est total. Nous rejoignons notre hôtel, désert, face à la mer, bercés par le bruit des vagues.

L’île, d’une petite superficie de 90 km2, est un joyau sauvage entouré de falaises et de plages perdues. Peuplée depuis 3000 ans, elle vit de l’agriculture, la pêche et le tourisme. Mais son intérêt pour nous plongeurs est ailleurs…

La superstructure du Vassilios

 

UN PASSÉ MOUVEMENTÉ

Envahie au cours des âges par les Illyriens, Romains, Goths, Byzantins, Vénitiens, Autrichiens, Français, Italiens, Yougoslaves et par la colonie Isse, c’est une base militaire stratégique à mi-chemin entre l’Italie et la Croatie, au milieu de l’Adriatique. En avril 1941, elle est occupée par les Italiens et ce, jusqu’à la capitulation de l’Italie en 1943. Elle devient alors base de marine militaire de l’armée partisane, à l’époque de la Yougoslavie socialiste, et est interdite aux étrangers. L’île entière est transformée en une grande forteresse militaire parcourue de bunkers et de souterrains. L’interdiction d’accès aux étrangers est levée en 1989.

 

DES ÉPAVES TOUS NIVEAUX

La superstructure du Brioni

L’énorme barge plate en aluminium de Manta Diving se prête parfaitement à nos explorations. Nous allions vitesse (pour sillonner les côtes), espace (pour nos 500 kg de matériel de plongée, photo et vidéo) et confort (parce que, après tout, nous sommes là pour le plaisir, surtout au recycleur, avec des temps de plongée étendus et des paliers réduits !).

Notre première plongée nous mène sur le Brioni. La côte est très raide, en zone marine protégée, et il est difficile de s’y ancrer. La plongée commence près des roches. L’épave est entière, très bien conservée 70 ans après son naufrage. Elle est allongée sur son flanc gauche, sur un fond sablonneux, la poupe tournée vers la rive. La partie moins profonde (la poupe) commence à 40 mètres. Nous apprécions l’hélice à 4 pales dominée par le gouvernail. En nageant vers le flanc droit, nous parcourons une superstructure bien préservée avec hublots, bossoirs et aérations de pont. La partie supérieure de la cheminée est tombée à côté du bateau. Les ponts en bois se sont décomposés et l’on peut accéder facilement aux cabines et machines. Autour de l’épave nagent des nuées compactes d’anthias mais aussi quelques grands congres. Nous remontons terminer la plongée dans une grotte voisine peu profonde, quoique suffisamment large pour abriter un bateau. D’après les histoires des villageois, les patrouilleurs britanniques s’y cachaient souvent pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est une autre histoire.

Nous enchaînons avec l’épave du Teti. Elle se trouve à petite profondeur et est idéale pour les plongeurs débutants, les plongées de remise en forme ou de décompression. Pas de prouesse technique mais l’occasion de côtoyer de nombreux congres, énormes et fort peu farouches. Les bestiaux, habitués à être nourris par les plongeurs locaux, en deviennent même très insistants et ont la fâcheuse tendance de mordre tout ce qui dépasse. L’épave en elle-même est très dégradée sur sa partie haute mais en bon état en profondeur. On reconnaît la chaudière à vapeur au centre, la cheminée couchée, des cubes de granite qui faisaient partie de la cargaison et la poupe particulièrement bien conservée.

Nous plongeons ensuite sur le petit chalutier Fortunal. Bonne visibilité et petite dimension de l’épave nous permettent d’avoir une belle vision d’ensemble. Il y a beaucoup de vie autour de l’épave. Toutes les parties en bois ont disparu, la superstructure est disséminée autour de l’épave. Le mât est tombé en travers et seule la poupe résiste au cours du temps. Mais le ver Teredo navalis continue son travail de destruction.

Le reste de la journée est occupé à la préparation de la plongée suivante sur le Vassilios. Nous passons la soirée sur la place centrale du village, au bord du vieux port à discuter plongée avec de vieux pêcheurs locaux. Ils évoquent un fond marin jonché d’épaves qui crochent leurs filets ; des centaines d’épaves, jamais plongées…

 

LE DOUX REPOS DU VASSILIOS

La poupe du Vassilios, avec l’hélice.

L’épave de Vassilios est magnifique tant par sa taille que son état de conservation. À 18 mètres, on trouve son ancre de proue et, peu après, la proue du bateau qui est couché sur son tribord, sa quille tournée vers la côte, entourée de nuées d’anthias. Sur la proue se trouve une grande bobine couverte d’éponges jaunes, puis toute l’épave se révèle colonisée par les gorgones et éponges rouges et orangées. Au-dessous commence le pont en bois partiellement décomposé. La visibilité est bonne et on peut voir encore des tas de charbon dispersés dans les immenses cales. La superstructure est bien préservée. La cheminée est partiellement tombée sur le fond mais les deux mâts sont à poste, majestueux même couchés. La pénétration de l’épave est aisée, quoique technique, mais les cales sont vastes et abritent de gros mérous et de nombreux congres. À l’arrière, l’hélice est à poste et les gouvernails latéraux aussi. Nous faisons durer la plongée, l’autonomie de nos machines nous le permet, et nous ne faisons qu’une plongée aujourd’hui.

 

SUR LES TRACES DU BOEING B-17G

L’hélice du Boeing B-17G, au niveau de l’aile gauche.

Apothéose du séjour, l’épave du Boeing B-17G. L’avion se trouve sur un fond sableux par 72 mètres, ce qui signifie que la plongée sur cette épave est une plongée technique exigeante qui requiert une préparation adéquate et quelques mesures de sécurité. C’est une plongée carrée. Nous descendons dans le bleu et vers 40 mètres, l’épave apparaît dans son intégralité. Le spectacle est impressionnant. L’avion repose penché sur le côté gauche, l’aile touchant le sable. Le nez de l’avion est légèrement écrasé à cause du coup à l’amerrissage, mais le poste de pilotage et le reste de l’avion sont entiers. Dans le nez écrasé, on remarque tout de même deux mitrailleuses. À travers les fenêtres à l’avant, nous voyons l’intérieur du poste de pilotage : plaque de commandes, poignées, volants, sièges du pilote et copilote, tout est intact et en place. Les quatre moteurs sur les ailes sont indemnes mais complètement couverts de coquilles d’huîtres. Sous l’aile gauche, on peut voir une roue du train dont le châssis est à demi ensablé. L’aile droite se dresse en pleine eau. Sur le haut du fuselage, une autre coupole avec deux mitrailleuses est couverte de coquilles d’huîtres et le dôme n’est plus transparent. Derrière se dessinent deux logements latéraux pour les radeaux, qui se sont ouverts automatiquement pendant l’atterrissage. En allant vers la queue de l’avion, on trouve le sas d’entrée dans le fuselage où est posée la base avec la mitrailleuse Browning, calibre 12,7 mm. Plus arrière, les fenêtres latérales puis la queue de l’avion, majestueuse, qui contient une coupole avec deux autres mitrailleuses. La remontée se fait dans le bleu. Les yeux emplis des souvenirs de ces merveilleuses plongées croates.

Nous passons bien évidement la soirée à préparer notre prochaine expédition…

 

INFOS PRATIQUES

– Se rendre à Vis : vol direct Paris/Split (1 h 45). De nombreuses compagnies (dont EasyJet) desservent quotidiennement la ville. De l’aéroport, prendre la navette vers le port. Elle s’arrête à côté du kiosque de la compagnie Jadrolinija où s’achètent les billets pour Vis. Le bateau est à 100 mètres et la traversée dure 2 h 15.

– Formalités : la Croatie faisant partie de l’Union européenne, une carte d’identité suffit.

– Se déplacer sur l’île : conduire est aisé. Sinon, vous trouverez taxis, bus et navettes à 50 mètres de l’arrivée du port.

– Langue : le croate. Viennent ensuite l’allemand, l’italien et l’anglais. Le français n’est pas très répandu.

– Monnaie : la Kuna croate (HRK). 1 € = 7,61 HRK. On peut changer des euros quasiment partout. Les cartes de crédit sont acceptées partout et les distributeurs sont faciles à trouver.

– Sécurité : on se promène sans crainte jusqu’à des heures tardives. L’été, la ville est animée très tard le soir.

– Se loger : à Komiza, maison d’hôtes, appartements ou Hôtel Biševo (tél. +38521713144 ; excellent rapport qualité/prix avec des chambres à partir de 40 € en demi-pension et personnel habitué aux plongeurs).

– Courant électrique : comme en France. Excellente couverture téléphone portable.

– Contact utile : office national du tourisme ; www.croatie.hr

Remerciements à Dragorlux (Zagreb) et Manta Diving (Komiza).

 

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