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Requins : un scientifique donne son avis sur la situation réunionnaise

Publié le 8 octobre 2012

Les 13 et 14 octobre 2012, lors de la Fête de la Science, les scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris ouvriront les portes de leurs laboratoires. Bernard Séret y animera notamment des ateliers sur les requins. Ce spécialiste des sélaciens nous donne son avis sur la situation réunionnaise.
Les connaissances du public ont-elles évolué depuis 20 ans?

Je constate une évolution du comportement du public depuis une dizaine d’années. En 2006, le film très engagé de Rob Stewart, « Les seigneurs de la Mer », a également beaucoup fait progresser l’image des squales. Le public a enfin accepté l’idée que le requin avait le droit de vivre. Et qu’un bon requin n’était pas forcément un requin mort ! Les jeunes sont aussi plus sensibilisés aux problématiques d’environnement que les adultes. Je crois que les requins ont profité d’un mouvement écolo global, même si nous sommes un peu en retard par rapport aux Anglo-saxons, au mouvement Shark Alliance…

 

Votre sentiment sur les comportements des squales observés à la Réunion ?

Le requin est un prédateur opportuniste qui profite d’occasions qui se présentent à lui. Et dans les zones ultra fréquentées où a eu lieu la série d’attaques, il en a eu. Dans cette partie de l’île, vers Saint-Gilles, se concentrent, sur une bande de moins de 35 km de long, les activités nautiques liées au tourisme, celles de la population locale et les surfeurs. Il y a une quarantaine d’années, j’y voyais des requins de récif. Mais désormais, il y a plus de gens dans l’eau, plus longtemps et ce, tout au long de l’année. La qualité des eaux s’est beaucoup dégradée. Actuellement, il semble que les populations de requins récifaux aient été remplacées par des requins moins exigeants sur la qualité des eaux, notamment le bouledogue qui aime remonter les estuaires. Cela ne signifie pas que la population de ce type de requins ait augmenté, mais avant, ils évoluaient sans doute en zones plus profondes.

 

La réserve a été mise en cause. Votre opinion ?

Le récif corallien de cette zone a été très dégradé au fil des années et une réserve a dû être instituée, pourtant, le récif ne se reconstitue pas… Les stations d’épuration aux alentours sont sans doute insuffisantes pour toute cette population qui croît sans cesse. Après des violents orages tropicaux, tout ce qui est dans les ravines (déchets organiques) se déverse dans l’eau. L’eau côtière est trouble et on a constaté que les attaques ont lieu à ces moments-là. La réserve n’est pas la cause des attaques.

 

Votre réflexion personnelle sur la chasse lancée contre des espèces comme le requin tigre ?

Considérer que les requins tigres restent sur les plages à attendre le surfeur semble absurde. Et c’est une méconnaissance totale et une incongruité scientifique que de le penser. Les autorités ont prétexté vouloir les « prélever » pour vérifier qu’ils n’étaient pas toxiques. Avec l’intention de les servir ensuite à déjeuner ? Imaginer un Réunionnais qui va manger un requin bouledogue qui a peut-être goûté à de la chair de surfeur… C’est ridicule et impensable. Les autorités financent des études scientifiques pour étudier les requins et là, ils veulent d’un seul coup subventionner leur mort ? Cela semble totalement incohérent.

 

Quel type d’études par exemple ?

Des balises acoustiques ont été posées sur des individus, requin tigre notamment. Il sera intéressant à long terme de disposer des informations sur leurs déplacements. Si on tue 60 requins sur 200, on diminue le risque pour l’humain. Diminuer, pas éliminer. Et d’ailleurs comment éliminer ce risque avec tous ces animaux qui se déplacent beaucoup, qui vivent en profondeur ? L’annonce de la « chasse » a été effectuée pour calmer les esprits, dans un but « psychologique ». Cela satisfait l’audimat, mais n’est en rien constructif.

 

Votre proposition ?

Le problème est politique. On ne peut pas avoir un parc d’attractions aquatiques et une réserve au même endroit. Il faudra faire un choix. L’avenir de la Réunion est de devenir une vitrine écologique de la France. Si, au patrimoine terrestre fabuleux, on peut adjoindre un patrimoine maritime, l’île y gagnera en notoriété.

 

Faut-il absolument voir une rivalité requins/surfeurs et choisir entre les deux ?

Partout dans le monde, les surfeurs connaissent les risques et les règles (eau trouble, soirée…). La population de surfeurs est estimée à 500. Ce qui va primer c’est l’aspect économique, la balance entre les écoles de surf, les boutiques, les dépenses des surfeurs et les gains obtenus en écotourisme, plongée, activités nautiques. Aucun homme politique ne statuera en fonction de l’intérêt des requins.

 

Propos recueillis par Martine Carret, crédit photo : D. Deflorin

 

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