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La piqûre ou morsure de certaines espèces marines - poissons, mollusques ou cnidaires - peut provoquer une envenimation. Plus douloureuse que réellement grave en France métropolitaine, elle est plus dangereuse voire mortelle sous certaines latitudes.

Les venins agissent par des mécanismes divers. Ils se montrent surtout neuro ou cardiotoxiques, ou provoquent paralysies et anomalies de la coagulation. Certains ont un mode d’action proche des phénomènes allergiques et la plaie provoquée par un animal marin se complique facilement de surinfections. On peut même contracter le tétanos même s’il existe peu d’observations sur le sujet. La gravité de l’envenimation dépend de l’espèce mais aussi de la quantité de venin, de l’état de santé de la victime, de la localisation de la blessure, et pour certains venins (anémones), d’un contact antérieur avec la substance.
Limiter les dégâts
Il existe trois impératifs : désinfecter les lésions, extraire le corps étranger et limiter la diffusion du venin. Le plongeur sera protégé à la fois des bonnes volontés qui s’agitent autour de lui, mais aussi de lui-même en l’empêchant de se gratter. On se méfiera également des remèdes dits traditionnels (urine fraîche, succion du venin…). La blessure sera rincée, idéalement avec du sérum physiologique, sinon avec de l’eau douce - sauf s’il s’agit d’une méduse - ou de l’eau de mer. Elle sera ensuite copieusement badigeonnée d’un antiseptique.
Extraction en douceur
Les dards, piquants, épines doivent être extirpés le plus possible pour prévenir la diffusion du venin et l’infection. Le “soignant” se lavera les mains avant et évitera tout geste agressif (garrots, incisions). La peau étant généralement bien ramollie par l’eau de mer, on peut dégager doucement la base de l’épine (avec une aiguille de seringue stérile ou tout autre instrument fin passé au désinfectant ou chauffé au rouge) avant de la retirer avec une pince à épiler. Lorsque les piquants sont petits ou fragmentés, on les extrait en les piégeant avec du ruban adhésif ou de la cire (à épiler ou de bougie). Après désinfection, la plaie sera à nouveau passée à l’antiseptique et recouverte d’un pansement propre, non-occlusif. Certains piquants barbelés sont difficiles à dégager. Il vaut mieux les faire enlever en milieu chirurgical pour ne pas délabrer la plaie. Les tentacules des méduses seront enlevés par lavage, sans frotter pour ne pas disséminer la toxine, au sérum physiologique ou à l’eau de mer. L’eau douce est proscrite car elle peut faire éclater les nématocystes (appareil venimeux de la méduse). Le soignant n’oubliera pas de protéger ses mains ! Les filaments restants seront retirés à l’aide de la pince à épiler et en englobant les plus petits dans du sable ou de la mousse à raser, qui sont éliminés en raclant la peau doucement. On terminera par un rinçage à l’acide acétique (vinaigre ou au citron) pour désarmer les nématocystes restants.
Chauffer n’est pas brûler
Nombre de ces venins sont dits thermolabiles, ou inactivés par la chaleur. En fait, celle-ci ne détruirait pas le venin, mais en dilatant des vaisseaux sous-cutanés, elle entraînerait une dilution du produit et une diminution de la douleur. On peut ainsi immerger la zone dans l’eau chaude (environ 40°C) jusqu’à disparition de la douleur ou approcher l’extrémité d’une cigarette à 1 cm de la lésion jusqu’à la sensation de brûlure, souffler de l’air chaud avec un sèche-cheveux ou alterner l’application de glace et de chaud. L’utilisation d’un aspivenin n’est pas toujours efficace. Si l’espèce est dangereuse, ou en cas de malaise, après avoir appelé les secours, on peut limiter la diffusion du venin en appliquant des compresses tenues par un bandage un peu serré et en immobilisant avec une ou deux attelles (un tuba par exemple). La prise en charge des manifestations digestives, respiratoires ou cardiaques sera faite à l’hôpital. En l’absence de gravité, on peut prendre des antalgiques ou des anti-inflammatoires pour diminuer douleur et/ou fièvre. Des pommades antihistaminiques voire des antihistaminiques oraux, ou des crèmes à base de corticoïdes (en l’absence de surinfection) sont utiles pour calmer les démangeaisons. Si les lésions sont étendues avec surinfection (réapparition ou persistance d’une douleur, constitution d’une zone rouge, gonflée, d’un suintement), une consultation médicale est nécessaire pour parfaire le nettoyage des plaies et la prescription d’antibiotiques oraux et/ou locaux. Un anesthésique (xylocïne) peut être administré en cas de lésions très douloureuses. Il est vivement conseillé de mettre à jour ses vaccinations antitétaniques.
Quelques antidotes
Contre les venins mortels, on dispose d’un certain nombre de sérums. En Australie, on trouve un “anti-stone fishes” très efficace s’il est injecté rapidement, ainsi que des sérums anti-serpent de mer ou anti-cuboméduse. Ils doivent être administrés sous surveillance en raison du risque de choc allergique. Il n’y a pas de sérum contre les cônes, et un sérum antivive serait en développement. À savoir : le venin peut rester actif plusieurs heures même chez l’animal mort (vive et méduses entre autres).
Texte Dr Maia Bovard-Gouffrant et Photo Daniel Deflorin ![]()


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