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“La plongée expose souvent à l’hypercapnie”. D’accord, mais c’est quoi ? L’augmentation du taux de CO2 dans le sang, parce que le plongeur en a trop fabriqué ou l’a mal éliminé... Et l’hypercapnie favorise l’essoufflement, qui lui-même favorise l’hypercapnie. Une consigne, soufflez !
L’objectif de la respiration est d’amener de l’oxygène à l’organisme et d’en évacuer le gaz carbonique. L’hypercapnie peut provenir d’une surproduction de CO2, d’une mauvaise élimination, éventuellement d’un apport “extérieur” intempestif.
Et les motifs ne manquent pas en plongée : les résistances mécaniques au passage de l’air augmentent du fait du détendeur et d’une respiration uniquement buccale ; la concentration en gaz, plus importante, donne une certaine viscosité à l’air respiré, d’où un surcroît de travail pour les poumons. Les trois mousquetaires Dalton, Henry et Boyle-Mariotte passent aussi par là : les pressions partielles des gaz augmentent avec la pression ambiante, et une petite élévation du CO2 peu perceptible en surface devient très problématique en profondeur.
Le taux de CO2 peut être aussi augmenté par certaines conditions de la plongée… ou l’état du plongeur. Tout ce qui entraîne une hyperconsommation d’O2 augmente derechef le taux de CO2 à éliminer : effort musculaire trop soutenu, difficultés à se stabiliser, lutte contre le froid... Les résistances mécaniques à la respiration peuvent être plus fortes si le détendeur est mal adapté, ou si l’on n’a pas bien ouvert sa bouteille. Si la descente est trop rapide, du fait de la variation des pressions et des volumes, on expire moins d’air qu’on en a inspiré quelques mètres plus haut et l’air vicié s’accumule.
Attention à la contamination des blocs
Le stress, les émotions, la fatigue générale, un reliquat d’infection ORL ou pulmonaire (qui devraient contre-indiquer temporairement la plongée, faut-il le rappeler ?) provoquent l’essoufflement et réduisent l’élimination du CO2. Le CO2 peut aussi provenir de l’extérieur et avoir contaminé l’air des blocs lors du remplissage : l’air respiré en surface en contient environ 0,03 % et les premiers signes ne sont généralement ressentis qu’à la concentration de 2 %. Mais du fait de l’élévation des pressions partielles, un air chargé à 1,5 % de CO2 est aussi toxique à respirer qu’à 6 % en surface.
On cite souvent le risque de contamination de l’air des blocs par le monoxyde de carbone (CO) produit par les moteurs. Il provoque indirectement l’hypercapnie puisqu’en prenant la place de l’oxygène dans le sang, il diminue son taux et provoque un essoufflement.

L’engrenage hypercapnie/essoufflement
La fréquence des cycles respiratoires est sous le contrôle de centres nerveux qui l’augmentent notamment en cas d’hypoxie ou d’hypercapnie. L’accélération du rythme respiratoire entraîne une dyspnée, petit nom savant de l’essoufflement. Initialement, accroître la fréquence respiratoire vise à mieux éliminer le CO2, mais au-delà d’un certain seuil, plus elle s’accélère, plus la respiration se fait superficielle, mobilisant un volume d’air de plus en plus réduit. Désordonnée et moins efficace, la respiration n’assume plus l’apport en O2 et l’élimination du CO2 : l’hypercapnie augmente, s’associe à une hypoxie et la fréquence respiratoire s’emballe de plus belle. Et comme le plongeur a du coeur, le pouls s’envole aussi pour lutter contre l’hypoxie. À 30 ou 40 mètres, un essoufflement survient en quelques secondes. Au début, il s’accompagne de maux de tête, de nausées/vomissements, d’oppression respiratoire, de palpitations, de sensations d’étouffement, avec à la clef le risque de syncope, de panique avec remontée explosive, d’où risque de surpression pulmonaire et d’ADD. L’hypercapnie favorise aussi la narcose.
Ne cherchez pas l’inspiration
L’inspiration est un phénomène actif lié essentiellement à la contraction musculaire du diaphragme. L’expiration est habituellement passive : le poumon distendu par l’inspiration se dégonfle comme un vieux ballon. Cette expiration passive devient insuffisante pour faire face à une hypercapnie. Pour éliminer le CO2 en excès, il est nécessaire d’expirer activement, en faisant appel aux muscles abdominaux. Travailler dans ce sens tout au long de la plongée aiderait à limiter l’hypercapnie.
Dès qu’on s’essouffle, la première réaction est de chercher désespérément à inspirer le plus d’air possible. Erreur : il faut au contraire expirer fortement pour éliminer le CO2 en excès. Autre avantage, souffler aide à retrouver son calme et à éviter de bloquer sa respiration. La plongée ne peut se poursuivre que si l’essoufflement a totalement disparu, que le plongeur ne ressent plus aucun signe de malaise, qu’il n’est bien sûr pas sur sa réserve et en restant à une profondeur inférieure à celle où est survenu l’essoufflement. Sinon, il doit se préparer à une remontée assistée, respectant la limitation de vitesse et les paliers de décompression.
Bulles douteuses
Des bulles hystériques explosent autourde votre compagnon de palanquée, le bruit de sa respiration s’accélère. Qu’il soit trop agité ou trop amorphe, faites-lui signe de se stabiliser, allez vers lui, attrapez sa stab pour le maintenir. Vérifiez son manomètre et maintenez son détendeur en bouche au cas où. Aidez-le à remonter de quelques mètres, en lui faisant signe de souffler - une petite pression sous les côtes peut l’aider à se souvenir de ses abdominaux ! Une fois en surface, vous devrez peut-être le tracter jusqu’au bateau ou faire signe à celui-ci de se rapprocher. Une fois à bord, il faut s’assurer que la respiration est redevenue normale, qu’il est parfaitement conscient, que lèvres et ongles ne sont pas passés au bleu, signe d’un manque d’02 : sinon, une petite cure d’02 et l’appel au canal 16 s’imposent.
DR MAIA BOVARD-GOUFFRANT et photo Daniel Deflorin -![]()


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