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On estime que 14% des français feront une dépression au cours de leur vie. Face à la fréquence de cette pathologie, la question de savoir si la dépression et ses traitements sont compatibles avec la plongée peut légitimement se poser. Pas simple de trancher.
Si la plongée pourrait booster des humeurs dépressives, la vraie dépression ne permet pas de plonger en toute sécurité. La FFESSM la contre-indique définitivement pour les affections psychiatriques sévères et l’interdit temporairement en cas de traitement par antidépresseur, anxiolytique, hypnotique, neuroleptique ou toute substance susceptible de modifier le comportement. Mais peu de travaux (essentiellement anglosaxons) existent sur le sujet. La dépression n’est pas un coup de blues ni une déprime. C’est une souffrance physique et psychique qui répond à une définition précise. Pendant au moins deux semaines, cinq de ces neuf symptômes au minimum doivent survenir : tristesse, perte d’intérêt, modification de poids supérieure à 5 % ou de l’appétit, troubles du sommeil, agitation ou ralentissement psychomoteur, fatigue, sentiment de dévalorisation ou de culpabilité, difficultés de concentration, idées suicidaires.
Pas que “dans la tête”
Ils doivent marquer une rupture avec le comportement antérieur et l’un des deux signes - “tristesse pathologique” et “perte d’intérêt” - doit être présent. Ces manifestations peuvent être moins évidentes et plus chroniques, avec des plaintes douloureuses diverses. Une forme particulière, la dépression saisonnière, serait en rapport avec le moindre ensoleillement à l’automne, mais le séjour aux Seychelles n’est toujours pas pris en charge par l’Assurance maladie. Dans les états dépressifs modérés, la plongée pourrait avoir des effets bénéfiques. L’activité physique et ludique est toujours souhaitable. Plonger renforce les liens sociaux, permet dedéconnecter agréablement du quotidien et de regagner l’estime de soi. Mais les risques demeurent et certaines composantes de la dépression - difficultés de concentration voire comportements dangereux - sont vraiment inconciliables avec une bonne gestion de la plongée. D’autant que la dépression s’associe souvent à des troubles anxieux et parfois à la consommation d’alcool ou d’autres substances. Autre problème : celui des traitements et de leurs effets secondaires. Dans la famille des antidépresseurs, les IMAO (Inhibiteurs de la monoamine oxydase) les plus récents peuvent gêner en raison de céphalées et detroubles gastro-intestinaux ; les tricycliques créer troubles de l’accommodation visuelle, du rythme cardiaque et hypotension orthostatique ; les IRS (Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine) provoquer nausées, diarrhées, maux de tête, tremblements.
Plongée sous influence
Tous les antidépresseurs peuvent favoriser anxiété et panique, mais pas question de les arrêter pour un séjour plongée sans risquer une rechute. Les neuroleptiques sont dangereux à cause de certaines complications (hypotensions, troubles de coordination, tremblements et photosensibilisation). D’autres traitements sont aussi nocifs, comme les anxiolytiques (troubles de la mémoire, de la coordination, de l’équilibre) ou les hypnotiques (somnifères) susceptibles de réduire vigilance et performances. Le millepertuis est, à tort, considéré comme anodin car il peut provoquer sensibilisations, troubles digestifs, confusion...
Plonger déprimé ou ne pas plonger, difficile de trancher. Il est certain qu’une dépression sévère, même traitée, est incompatible avec la plongée. Un rapport du DAN suggère que certains accidents fatals pourraient correspondre à des suicides. Pour les formes légères ou moyennes, la plongée ne peut être envisagée tant que la dépression n’est pas stabilisée, soit souvent après des semaines de traitement. Et il existe un risque lié aux médicaments. Dans ce cas, la plongée pourrait être discutée au cas par cas, à condition que le plongeur ne mette en danger ni sa vie ni celle d’autrui.

Plonger dans certaines conditions
Des recommandations anglaises évoquent les conditions dans lesquelles un dépressif, cliniquement guéri mais conservant un traitement pour éviter la rechute, pourrait plonger. Son traitement devrait être choisi parmi les nouvelles familles d’antidépresseurs comme les IRS, ne pas être associé à un autre médicament psychotrope et être utilisé depuis au moins trois mois pour s’assurer de l’absence d’effets secondaires. La dépression ne doit pas avoir entraîné de conduites suicidaires. Un retour à une vie sociale doit être observé. À cause du risque de récidive, la plongée ne doit pas être autorisée dans les semaines suivant l’arrêt des médicaments. Enfin, il est fortement conseillé de limiter la profondeur à 30 mètres, les antidépresseurs pouvant augmenter le risque de saignement en cas d’ADD ou de barotraumatisme et favoriser la narcose.
Texte Dr Maia Bovard-Gouffrant et Photo Fred Maxant ![]()


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