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Au printemps, les formations vont bon train dans les clubs, en mer ou en piscine. En fi n de cursus, les débutants s’entraînent à réagir à la panne d’air. Analyse d’une situation critique.
À l’origine, le matériel
La première image de la panne d’air qui vient à l’esprit est celle où le plongeur n’aurait plus d’air dans sa bouteille du fait de son imprévoyance ; il n’en est rien dans la réalité. Car du briefing du guide de palanquée à l’autocontrôle du manomètre, associés à une communication codifiée, tout est volontairement mis en œuvre pour prévenir ce genre d’incident chez le débutant. La panne d’air, celle qui surprend, trouve d’abord son origine dans un dysfonctionnement du matériel. Ce peut être un détendeur qui se met en débit continu et qui vide la bouteille en un rien de temps, une membrane qui devient poreuse, générant une entrée d’eau dans la gamelle du détendeur, ou un joint qui lâche alors que le plongeur est en immersion.
Dans le respect des consignes de la plongée en palanquée (même profondeur, même trajet, même durée), il est possible de réagir rapidement après l’effet de surprise et retrouver une source d’air sans trop de difficultés techniques.
1er automatisme : on n’est jamais mieux servi que par soi-même
Se retrouver sans air alors que l’on ne s’y attend pas nous projette dans un état mental où le temps n’a plus la même échelle, où chaque seconde semble être une éternité. Il faut rapidement apporter une réponse énergique et efficace. La première, la plus efficace, est d’aller soi-même se servir sur le détendeur de secours ou l’octopus le plus proche. Que ce soit celui de votre coéquipier (relais) ou celui du guide de palanquée qui est quelques mètres devant, vous l’avez repéré avant l’immersion ("buddy check") et savez comment le dégrafer (nez de clown, élastique…).
Cette réaction oblige en effet à ce que vous pratiquiez, avant la mise à l’eau, l’observation des scaphandres présents dans votre palanquée et d’avoir une idée de l’énergie nécessaire au décrochage du détendeur de secours. Partant de là, après en avoir informé la palanquée, vous engagez la remontée à la vitesse préconisée dite de sécurité, celle des petites bulles.
2e solution : le guide vole à votre secours
On peut imaginer que vous ayez le guide dans votre champ visuel au moment où vous rencontrez une panne inopinée de matériel. Il s’agira alors pour vous de parcourir la distance qui vous sépare de celui-ci, de lui faire le signe conventionnel "je n’ai plus d’air" de façon distincte, non précipitée, afin qu’il puisse identifier la situation sans ambiguïté et dégainer son détendeur de secours tout en volant à votre secours tel Batman quand une jeune et jolie demoiselle tombe du 10e étage. Vous aurez l’avantage de vous retrouver directement pris en charge et assisté par le guide de palanquée lui-même, qui a été formé pour cela. Une fois que vous aurez repris vos esprits, il pourra organiser le retour en surface de toute la palanquée.

3e solution, ultime : l’échange d’embout
Cette solution correspondrait au contexte où le guide volant à votre secours ne serait pas en mesure, pour une raison ou pour une autre, de pouvoir vous fournir de l’air par le biais de son deuxième détendeur. La technique consiste à partager l’embout qu’il a dans la bouche ; il réalisera avec vous, alternativement, une série limitée de cycles d’inspirations et d’expirations (3 pour la première série et 2 pour les suivantes). Inutile de préciser que cette situation est plus périlleuse et force le donneur à modifier sa ventilation.
C’est en ce sens que cette solution est contestée car elle crée une difficulté chez l’assistant alors qu’il est la ressource du plongeur en panne d’air. Ajouter de la difficulté semble être un non-sens quand on cherche à être efficace. Cette solution est encore plus contestable dans le cas où le débutant lui-même sert de relais. Cela reviendrait à dire que l’on demande au débutant de réaliser une véritable performance alors qu’il est moins expérimenté que le plongeur confirmé, qu'il n’est pas formé aux assistances et qu'il ne dispose pas du matériel nécessaire obligatoire prévu pour les plongeurs autonomes (cf. arrêté du 22 juin 1998 : "…assister un coéquipier sans partage d’embout…") !
Restons sérieux et terre à terre, un plongeur en difficulté, c’est déjà trop ! Si l’on envisage le relais, il est plus judicieux de dépasser l’exigence minimale légale en la matière et de prévoir un octopus sur chaque détendeur. C’est l’orientation qu’ont suivie de très nombreux clubs depuis ces dernières années.
Mémo
Rappelons-nous qu’après l’effet de surprise, il faut réagir vite, de manière efficace, afin de ne pas être tenté par une remontée directe à la surface qui pourrait aggraver sérieusement la situation.
Aller se servir soi-même sur le premier détendeur de secours accessible semble être la solution la plus sûre.
L’assistance du guide de palanquée n’est valable que dans la mesure où vous vous trouvez dans son champ visuel, ce qui suppose une communication par signes lisible et franche.
N’insistez pas sur l’échange d’embout. Dans le cadre de cette assistance, il ne fait plus partie de la philosophie de la plongée loisir.
Joël GALLIEN - ![]()






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