Mon compte
aucun commentaire
S’immerger dans les eaux de la région marseillaise, c’est l’assurance de faire de belles bulles. Entre des calanques réservées, la présence d’épaves légendaires et des fonds d'une grande richesse, les sources de satisfaction sont multiples. Si, en plus, Guillaume Thfoin est votre guide, le nirvana aquatique n’est pas loin. Ce moniteur pétri de pédagogie vous répondra toujours avec le sourire et vous fera découvrir la magie des explorations du bord.
La lumière du jour faiblit au fur et à mesure que je m’enfonce sous la voûte. J’allume mon phare. Son aura blanche, projetée et balayée le long de la paroi, commence à m’en révéler tous les secrets. Je distingue vite un trio de petites rascasses, chacune tapie à l’entrée d’une anfractuosité. Parfaitement immobiles, les poissons se laissent admirer et photographier tout à loisir. Leur robe à la dominante rouge et brune s’enrichit parfois de subtiles taches rosées pour mieux se fondre avec le rocher où ils sont posés. Mais ce n’est pas cela que je cherche. Mon éclairage me permet de distinguer, un peu plus au fond de la grotte, de petites crevettes rayées de rouge (Lysmata seticaudata). Intimidées par le puissant halo de ma lampe, elles disparaissent derrière un modeste recoin. Je balaye sans m’attarder la partie recouverte de ces jolies mais courantes “marguerites” jaune orangé (des anémones encroûtantes ou Parazoanthus axinellae) et poursuis mon exploration. Toujours rien. Pourtant, Guillaume m’avait dit que les cavités le long du rocher en abritaient plusieurs. Je me tourne vers l’extérieur. J’admire pensivement à contre-jour le vaste champ de posidonies qui ondule paresseusement dans le bleu. Quand tout à coup, j’ai le déclic (ou bien me suis-je senti observé ?) et lève la tête. Elles sont là, dans le plafond de l’alcôve !

Les langoustes font leur nid
J’en découvre une première, puis une seconde tout à côté, et enfin une troisième, nichée un peu plus loin dans un renfoncement. Trois langoustes, qui devaient glousser entre elles depuis un bon moment devant mes vains efforts de recherche. Fair play, ces jeunes demoiselles conservent leurs antennes déployées et se laissent contempler, tout aussi tranquillement que les rascasses. Par contre, rien à faire, elles ne me diront pas où se trouve leur compagnon, Messire homard. Je ne le trouverai pas et le temps s’étant écoulé trop vite - comme à son habitude - il est temps que je rentre.
Très bien, amis lecteurs, je devine ce que vous pensez. Vous vous dites qu’au vu de ma prose à l’accent furieusement narcosé, un homard (dont la présence est attestée même si je ne l’ai pas vu ici) vivant en compagnie de nombreuses et peinardes langoustes est synonyme d’un de ces coins très secrets. Le genre à la fois profond (généralement à la limite de la plongée à l’air) et difficile à trouver sans un bon GPS sous-marin à boussole intégrée. Eh bien, vous avez… tort ! La présence de posidonies aurait dû vous mettre la puce à l’oreille : on en observe rarement en dessous de 35 mètres. Et puis, j’ai employé le verbe “rentrer”, pas “remonter” (OK, je le reconnais, ceci n’était pas vraiment un indice). En fait, je ne suis qu’à 4 mètres de fond bien que mon ordinateur, outre une immersion de plus de cinquante minutes, m’indique une pointe à… 7,50 mètres. Je viens de visiter, en compagnie des deux élèves de Guillaume en formation Niveau 1, le sec du Petit Nid à Sausset-les-Pins (petit port situé sur la Côte Bleue, aux portes de Marseille). Un merveilleux site de plongée distant d’une dizaine de mètres seulement du rivage. Bienvenue dans le monde merveilleux de la plongée du bord.

Le client est roi !
La surprenante découverte de toute cette vie dans si peu d’eau, je la dois à Guillaume Thfoin. À 38 ans, ce moniteur fédéral (BEES 1) et PADI (Master Scuba Diver Trainer) vient de créer sa propre structure, Rêve Bleu Plongée. Surfant sur l’air du temps et son expérience du monde de la plongée, Guillaume propose des formations personnalisées. Une idée longuement mûrie qui s’appuie sur de nombreux constats (voir encadré “Entretien”). “Ma spécificité est que je m’adapte à mes clients et pas l’inverse. Ce sont eux qui, selon leur emploi du temps et leurs obligations familiales ou professionnelles, me fixent la veille, leurs heures de rendez-vous et de retour désirées. Les plongeurs peuvent aussi choisir leur spot et je les retrouve sur place. Pour ceux qui ne connaissent pas la région, je fais des propositions de rendez-vous selon leur niveau et l’endroit de résidence, mais je n’impose rien.” Justement, le site de l’aprèsmidi est réputé et nous sommes, Emmanuel, Anouck (voir encadré “Témoignages”) et moi, modeste accompagnateur du jour, tous partants. Direction Couronne, vers l’emplacement d’une ancienne carrière littorale, Baou Tailla. Un nom aux consonances exotiques, mais en fait d’origine provençale (“la roche taillée”). Depuis l’antiquité jusqu’à la fin du XIXe siècle, les affleurements de roche tendre, constitués de calcaire coquillier de couleur rouge et jaune, ont été exploités par l’homme. Les carriers, qui devaient suer sang et eau sous l’implacable soleil du Midi, ont aujourd'hui disparu. Ils ont été remplacés par des visiteurs qui suent tout autant sous ce même soleil, habillés d’épais néoprènes et harnachés de lourds cylindres de métal…
Piscine naturelle et dédale de blocs sous-marins
Arrivés à proximité de la mer, il nous reste à négocier une descente assez périlleuse pour accéder à la mise à l’eau, une sorte de cuvette nichée entre de hautes falaises. L’esprit d’équipe joue à plein et nous faisons la chaîne pour y déposer tout notre matériel. Une fois équipés et immergés, le guide donne le signal du départ, d’un classique geste du pouce vers le bas. Sous l’eau, un boyau sous-marin nous permet d’accéder au large. Les élèves de Guillaume l’empruntent sans problème. Une fois en mer, ils s’enhardissent à regarder de plus près les parois tapissées de gorgones rouges, le beau chapon posé sur une pierre ou la petite langouste repérée dans un creux. Ils assurent. La preuve que cet encadrement personnalisé renforce la confiance des moins aguerris. Personnellement, j’apprécie surtout les nombreux passages entre les empilements de blocs rocheux (tombés vraisemblablement de la carrière juste au-dessus).
Ils forment un véritable labyrinthe, abritant de nombreuses formes de vie : poulpe, nudibranche, murène… L’alternance d’ombre et de lumière (la profondeur est inférieure à 10 mètres) donne une ambiance et un contraste saisissants.
De retour au parking, l’enchantement se lit encore sur les visages. Les clients sont ravis de la balade et l’enseignant est satisfait du travail bien fait. Guillaume s’autorise même à taquiner gentiment Anouck : “Alors, c’était mieux que le fond de ta piscine ?” Un large sourire lui répond. Quant à moi, je suis sous le charme de ces deux plongées du bord. C’est certain, les baroudeurs comme les plus novices d’entre nous y trouveront leur compte. Vous voilà prévenus !

Repères
Les sorties avec départ en bateau permettent d’accéder aux plus célèbres zones de la région de Marseille (phare du Planier, archipel de Riou, Île Verte, etc.) et aux plus belles épaves. Ces sites réputés ont été et sont régulièrement décrits dans nos pages. Le coeur de cible à Rêve Bleu Plongée, ce sont en grande partie les plongées accessibles du bord. Outre le Petit Nid et Baou Tailla, décrits ici, il existe de nombreux coins demandant une petite marche, tout équipé. Citons, entre autres, le tombant de Méjean (Côte Bleue), les calanques de Callelongue (Marseille), de Figuerolles (La Ciotat) et de Port d’Alon (Bandol). Un site internet incontournable (www.mapalmes.net) est à visiter pour tout savoir sur la plongée du bord sur l’arc méditerranéen : localisation et descriptifs des lieux, cartes interactives…
Texte et photos Olivier Clot-Faybesse - ![]()


Je n'ai pas de compte...
Je souhaite profiter de nombreux avantages sur le site DivOsea, et pouvoir commenter les articles.
Je m'inscris