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44 ans, 15 ans d’expérience de la plongée aux Maldives après les rigueurs du lac Léman, terrain de jeu de sa jeunesse… Sean Siegrist fait partie de ceux que l’on écoute quand il s’agit de la plongée maldivienne, ses richesses, ses saisons et ses caprices… [Propos recueillis par Pierre Camus pour Plongée Magazine]
Publi-rédactionnel
Il faut croire qu’à certaines périodes de l’année, Homo palmus hésite à se rendre au paradis… Durant les mois d’été, idées reçues et autres habitudes conduisent en effet le Gaulois à plonger plutôt sur nos côtes ensoleillées qu’aux tropiques. Aux Maldives, on parle donc de "basse saison" pour les mois d’août à octobre… Mais en réalité, les îles restent au top, avec cette sérénité et cette sauvagerie retrouvées, propres aux coins de paradis qu’on a boudés pendant quelques mois. Sean Siegrist et tout l’équipage du dhoni "Le Soleil" en témoignent.
Plongée Magazine : Les Maldives, un dhoni baptisé "Le Soleil"… Ça doit faire du bien après la Suisse. Tu es seul dans ton petit paradis ?
Sean Siegrist : Pas vraiment, j’ai un collègue de travail sur place, Thomas Demesmaeker, qui a travaillé pendant 7 ans aux Maldives où je l’ai connu en tant que guide ; il a donc une connaissance parfaite des itinéraires. On a les mêmes compétences, et on va bosser ensemble pendant une année ou deux. Ensuite, on aura chacun un bateau différent, mais on proposera le même type d’itinéraire, avec en plus des échanges d’informations, donc plus d’efficacité.
Vous devez faire partie du paysage, maintenant…
S. S. : Oui, ça fait une quinzaine d’années que je suis là-bas. J'y ai rencontré mon épouse, il y a une dizaine d'années. Elle est japonaise ; du coup, elle travaille avec le marché japonais, et je travaille avec le marché francophone. Nous avons mis à l’eau un bateau, "Le Soleil", un dhoni maldivien qui nous appartient. Il accueille seize personnes et ressemble à un gros yacht avec des zones ombragées, semi-ombragées, un sundeck, un restaurant… Une trentaine de mètres de long, avec cabines dans la coque et une cabine sur le sundeck. On l’améliore d’année en année pour mieux répondre aux besoins des clients.
Quels itinéraires de croisière plongée proposez-vous ?
S. S. : C’est un peu complexe, cela dépend des saisons. Pour les itinéraires de "basse saison", c’est-à-dire d'août à octobre, nous partons sur des séjours d'une semaine de Malé en direction du Nord vers Baa atoll le plus souvent, où l’on reste deux à trois jours. La météo, contrairement à ce que l'on imagine, n'est absolument pas mauvaise, mais on peut avoir quelques orages. Ils pourraient empêcher de traverser, mais c’est rarissime.
Et durant la haute saison ?
S. S. : On part sur des itinéraires plus éloignés, sur des sites moins visités qui gardent un parfum d’aventure. La virée dure deux semaines et les plongées sont différentes à chaque fois : diversité des coraux mous, coraux durs à gogo, passes à requins de toutes sortes, pélagiques, mantas du Pacifique… De quoi en prendre plein la vue. C'est le top. Là, c’est plutôt en février-mars, quand la météo est idéale, avec des traversées de 8 ou 9 heures.

Côté météo, comment cela fonctionne ?
S. S. : On pourrait dire qu’il y a deux saisons. Avec six mois par an de vent d’Est, et six mois de vent d’Ouest. À ces forces s’ajoutent celle de Coriolis et celle de la marée, et les courants qui en résultent organisent toutes les migrations planctoniques. Après, les grands animaux suivent ces migrations à la trace. Tout est défini par cela.En fait, selon moi, c’est plus nuancé. Ça fonctionne plutôt par tranches de trois à quatre mois, avec des points morts. Durant ces changements de saisons, les courants orientent le mouvement du plancton différemment, vers le Nord par exemple. Parfois les requins baleines traversent littéralement les atolls pour se retrouver au Nord durant deux ou trois semaines, avant de redescendre, en faisant plus de 100 km !
C’est une sorte de traque animalière permanente, en fonction de paramètres météo ?
S. S. : Quelque chose comme ça. J’ai pris des notes au fil des ans, ce qui permet d’accélérer la recherche. Après, on se refile les tuyaux entre amis. Aux Maldives, c’est un peu l’ambiance "chasse gardée". Ce n’est pas comme en mer Rouge où sur certains sites, le spectacle est toujours garanti. Ici, c’est assez "technique". Si une info est mal gardée, cela fait traînée de poudre et tout le monde accourt. Avec le temps, cela devient un petit challenge assez motivant. La maîtrise de la nature est impossible, mais c’est intéressant d’essayer de suivre le mouvement !
Quelles rencontres peut-on faire en basse saison ?
S. S. : Les mantas, très facilement. À la descente de l’avion, les plongeurs embarquent sur le bateau. Un petit briefing et dès l’après–midi, ils s’offrent une plongée de réadaptation sur Manta point, qui est tout proche de Malé ! Le site est connu et fréquenté, mais durant la basse saison, de septembre à début octobre, il est plus tranquille.Durant cette saison, la tendance est aux courants sortants sur la côte Est. Aux Manta points, la visi est un peu moins bonne, mais chacun sait que l’eau doit être un peu chargée pour que les mantas soient là. En basse saison également, une chose incroyable se passe dans le Nord des Maldives à Baa atoll, à Ani Faru. On y trouve un lagon gorgé de plancton durant septembre et octobre, et avec un peu de chance, si l’on est en phase avec la lune, les requins baleines s’invitent à la fête, dans une sorte de tornade de krill ! On voit alors arriver les mantas qui font des loopings au milieu, sans s’arrêter. Hallucinant.Autrement, sur les autres sites de plongée à proximité de Malé, sur le Sud d’Ari atoll, on a les requins baleines, encore plus facilement qu'à n’importe quelle saison, et même de la manta.

Les sites que tu apprécies particulièrement ?
S. S. : Il y en a tellement… Par exemple, tout près de Malé, il y a la passe de Embudhoo Express. À 30 minutes de l’aéroport, tu peux rencontrer du requin gris par trentaines et des escadrilles de cinquante raies aigles, une densité spectaculaire de pélagiques, parfois un espadon... Pas besoin d’aller loin pour t’en mettre plein la vue. Autrement, Manta point, Kudarah thila et tant d’autres…La plongée mythique de l’année dernière, c’était à Hafza thila. Il y avait un banc gigantesque de carangues au-dessus du thila, avec les requins gris qui tournaient autour… Sans mentir, on se croyait au Sardine Run !
Et la plongée dans les passes ?
S. S. : Les passes, c’est surtout pour voir du requin, des raies aigles, des bancs, des thons. Les mantas seront plutôt sur un récif extérieur, un thila, et pas forcément là où il y a beaucoup de courant. On les rencontre quand elles se nourrissent ou quand elles se font déparasiter sur une station de nettoyage, qu’elles viennent d’ailleurs étonnamment retrouver d’une année sur l’autre.
Un thila, c’est quoi au juste ?S. S. : C’est ce qu’on appelle en France un "sec", un relief immergé avec des blocs cassés formant comme des petits canyons. Il y a pléthore de poissons autour, comme les lutjans, regroupés en énormes bancs. Tu plonges carrément à l’intérieur d’un nuage de poissons.
Le mois le plus favorable de la basse saison, ce serait lequel, selon toi ?
S. S. : J’aime beaucoup août-septembre. C’est moins fréquenté qu’en haute saison, donc les sites de plongée sont beaucoup plus sauvages. Dans le Nord, tu as des nuages entiers de juvéniles de poissons, au point de ne plus voir les thilas. Tu as le meilleur de la mer pour toi : moins de monde, et une densité de poissons incroyable. Avec un peu de chance, les mantas viennent sur Manta point. On a l’impression qu’elles creusent des tunnels dans les nuages d’alevins !
Et le mois le moins favorable, globalement ?
S. S. : Le mois de juillet, on ne fait rien pendant cette période, sinon l’entretien des bateaux… Octobre, novembre et décembre, parfois janvier, sont les périodes les plus instables.
Y a-t-il des tarifs avantageux en basse saison ?
S. S. : Entre octobre et novembre, il y aura des promotions, avec des prix préférentiels, parce que c’est nouveau, et aussi pour lancer cette saison dont on parle peu, à tort. Noël et nouvel an, c’est le pic de fréquentation. Janvier et février, c’est la période des "itinéraires spéciaux dans le Sud".
Si l’on devait comparer les Maldives avec la Polynésie, quels avantages mettrais-tu en avant ?
S. S. : La diversité des espèces. Mais ce qu'il y a en Polynésie et pas aux Maldives, c’est une passe avec un mur de cinq cents requins, ou presque. Nous, on aura de très belles passes avec de cinquante à cent requins parfois. C’est déjà bien… Ce qu’ils ont et que l’on n’a pas, ce sont ces fameuses baleines à bosse qui séjournent et évoluent avec leur petit. Mais on peut avoir la surprise de tomber dessus, tout comme sur un cachalot, des orques, ou des poissons lunes.
Comment s’organisent les journées à bord du bateau ?
S. S. : Normalement, une première plongée avant le petit dej’, une deuxième avant le repas de midi, et une autre l’après-midi. Mais on peut aussi plonger à 11 h, ou à midi, en fonction de la marée, de la fréquentation… On adapte avant le départ en fonction des souhaits du groupe et de ce qu’ils veulent voir sous l’eau, en optimisant les chances de rencontre.
Qui va se régaler le plus, les Niveaux 3 ?
S. S. : Tu mets le doigt sur un point important, car on est seize passagers sur le bateau et l’on a entre deux et quatre guides, en fonction de la saison. Si les niveaux sont inégaux, tous pourront se mettre à l’eau sur un même site, mais ils ne seront pas exposés au courant de la même façon. On réservera les difficultés d'une belle passe aux plongeurs aguerris. Normalement on doit être Niveau 2, ou Open Water, mais avec une trentaine de plongées. Un Niveau 1 qui n’a jamais utilisé un gilet, par exemple, ne serait pas le client idéal pour ce genre de passe…
Proposez-vous des animations particulières qui apportent un plus aux plongées, photo, bio, etc. ?
S. S. : Oui, elles évoluent au long du séjour. Par exemple, quand on arrive au début d'une recherche d’un requin baleine, on fera un exposé sur cet animal : pourquoi il est là, ce qu'il faut faire et ne pas faire lorsqu’on l’aborde pour favoriser le temps et la qualité de son observation… Même principe pour la plongée à la recherche de la petite faune. On a parfois des non-plongeurs qui viennent ; on met la petite annexe à leur disposition, pour une séance de snorkeling. Il est difficile pour nous de faire des baptêmes. Un cours de Nitrox, ou un cours d’Advanced, on peut par contre le faire.On plonge autour de 30 mètres maximum, on essaie d’être dans la courbe de sécurité, et on attend 24 heures avant de prendre l’avion : ce sont les règles de base appliquées dans le pays. De toute façon, aux Maldives, entre 0 et 30 mètres, on trouve vraiment tout. Inutile de descendre plus bas.

Un recycleur a de l’intérêt, aux Maldives ?
S. S. : Parfaitement. Moi j’en ai un, mais je n’ai pas la qualification d’instructeur. Par contre, je peux fournir la chaux et l’oxygène pour les plongeurs certifiés qui viennent avec leur propre matériel. L'utilisation du recycleur permet de rendre encore plus spectaculaires les images en haute définition effectuées lors du séjour pour les passagers.
Question fatidique : tu as un bon cuisinier à bord ?
S. S. : Excellent et très plébiscité. Tu peux le vérifier sur les sites web de plongée, genre "Bons et mauvais plans", ou autres. On en a même deux, pour satisfaire autant l’équipage que les clients, et ils sont srilankais. La cuisine est internationale et très diversifiée, elle peut être srilankaise, ou parfois locale à l’occasion d’une soirée maldivienne.
Y a-t-il des locaux parmi les moniteurs ?
S. S. : Il y a effectivement un local, Fatu, une pointure des Maldives. Il a une connaissance énorme, il nous a aidés à découvrir de nouveaux sites de plongée. Il est un peu itinérant et change de bateau, ce qui nous permet un meilleur échange avec nos collègues de travail. Il a d’ailleurs participé à la découverte des nouveaux sites du Sud et du Nord. Il est particulièrement sûr quand il s’agit d’apprécier le courant, avant la mise à l’eau. Ça fait partie de ce que nos plongeurs aiment bien…
Si tu devais trouver une sorte de slogan pour vanter les atouts des Maldives, lequel choisirais-tu ?
S. S. : La Mecque de la plongée, peut-être… De la densité, et de la biodiversité dans une eau à 29°C, en tout cas ! Et pour ce qui est de vanter les valeurs de Dune, ce serait de savoir négocier les meilleurs tarifs pour la meilleure qualité au bénéfice de leur clientèle.





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